26 avr. 2020

Elle et lui et moi

Ils n’ont rien dit lorsque je me suis déshabillé. Ce jeu là… je ne l’ai pas encore pratiqué. J’essaie de rentrer un peu le ventre, de bomber le torse, aussi, sans en avoir l’air. Je déboutonne ma chemise, lentement, sous leurs regards. J’ai envie de leur plaire autant qu’ils me plaisent. Je ferme les yeux, puis je les rouvre, fixant sur elle mon regard. Elle est assise en tailleur sur le lit, sa jupe très courte, bien sûr, s’est relevée et ne cache rien de l’ombre de sa toison entre ses cuisses. Lui s’est assis sur un fauteuil, pieds nus, il a gardé son jean’s et sa chemise. J’ôte mes chaussettes, puis je le regarde à nouveau, il sourit. Ses yeux brillent.
Je déboucle ma ceinture, puis fais glisser mon pantalon au sol. Je ne bande pas encore vraiment mais mon boxer se tend déjà.
Il se lève, s’avance vers la valise et saisit les menottes de cuir noir. Dans un sourire éclatant, elle se redresse, lui tend les poignets, et se couche sur les draps, jambes écartées. Debout au pied du lit, je n’ai pas bougé, les yeux fixés sur son sexe, sur ses seins encore dissimulés par cette pièce de tissu dont je ne connais pas le nom, sur ses bas, sur le fuselage de ses cuisses, sur son enthousiasme lorsqu’elle s’installe confortablement, les bras désormais écartés, attachés à la tête de lit. Il s’assied maintenant plus près de moi, tout en lui caressant les jambes, avec toujours ce sourire… dont je me demande ce qu’il dissimule. Plaisir sincère ? Simple joie ludique ? Besoin de cacher son trouble ? Il lui passe les menottes de cuir aux chevilles, puis fait glisser une corde noire sous le lit, les attachant ensemble.
Elle n’est pas du tout écartelée et reste ainsi allongée, les jambes pliées, les pieds posés à plat sur le drap. Par contre, elle ne peut plus resserrer ses cuisses. Sans dire un mot, il se relève, et retourne s’asseoir sur son fauteuil. Il me sourit. J’ai envie de lui.
J’ai envie d’elle. Elle respire vite, elle a fermé les yeux. La lumière des deux lampes de chevet est agréablement tamisée, dans cette chambre d’hôtel confortable, qui sait se faire oublier sans être anonyme. Son mur de briques rouges restaurées. Ses pans de murs coupés, grands aplats mats où s’étirent les ombres des abats-jours. La large fenêtre et ses petits carreaux à croisillons derrière lesquelles la ville suit son rythme. Ce n’est plus le nôtre.
Je m’avance sur le lit, elle est à moi, mais elle est toujours à lui. Sa respiration s’accélère un peu lorsqu’elle sent mon poids creuser le matelas, lorsqu’elle perçoit mon souffle sur son mollet. Je la hume. Lentement. Je sens son odeur, sur ses bas, je m’avance doucement, à quatre pattes, mon nez frôlant le tissu tendu sur sa peau. Je la respire et elle le sait, elle le sent, elle l’entend, je m’imprègne de son parfum sans aucun artifice et cette fois, la tension dans mon boxer est à son comble. Mon sexe roide écarte même un peu le large élastique. Lui, je ne le vois plus, mais je me doute qu’il n’en perd pas une miette. Mon visage s’est approché très près de son sexe. Elle ne porte pas de culotte, et de ma main droite, j’ai repoussé un peu le tissu de sa jupe, qui lui est descendu sur les hanches, ne dissimulant plus rien de son pubis, du haut de ses cuisses, de son sexe ouvert. J’approche ma bouche, elle sent mon souffle sur ses grandes lèvres, mais je ne touche pas. J’ai une envie folle de me jeter sur elle, de la goûter, de la lécher, de la sucer et de la boire, mais nous attendrons.
Son odeur me rend dingue. Une promesse animale, primale, en harmonie avec sa respiration. Ma main descend sur sa cuisse, la caresse par effleurements, elle frémit. Se tend. Je joue avec l’élastique du bas, puis décide de le faire glisser. Il accroche. Agacé, je passe le pouce en dessous, le fait rouler, puis descendre. Lorsqu’il atteint son genou, je cesse mon geste, puis pose mes lèvres là où il serrait sa peau. La marque est profonde. J’embrasse à peine, effleurant, caressant de ma bouche, je sais que les poils de ma barbe et de ma moustache doivent la chatouiller un peu, alors de mes mains, j’enserre fermement et largement sa cuisse. Mes doigts suivent mes lèvres dans une cascade de baisers et de caresses, jusqu’à son genou, puis je fais descendre le bas jusqu’à sa cheville où je l’abandonne. Je jette un regard sur lui. Il a posé ses coudes sur ses cuisses, son menton sur ses mains. Discrètement penché en avant, il nous sourit et nous observe, les yeux brillants d’excitation. J’aimerais apercevoir son entrejambe, mais de là où je suis, je ne vois rien.
Je reviens vers elle et cette fois mes lèvres et mes doigts remontent sa jambe jusqu’à son aine. Je survole son sexe sans y toucher, puis répète la même chose sur son autre jambe. Je profite de mes caresses pour remonter un peu sa jupe. Je ne pourrai pas l’enlever puisqu’il faudrait la faire glisser… Je suis vaguement contrarié mais je regarde avec bonheur la rondeur de son ventre sous le tissu.
Je suis toujours à quatre pattes. Mon bras droit passe au dessus de sa jambe gauche, mon bras gauche au dessus de sa jambe droite. Elle sent mon poids enfoncer le lit de chaque côté de ses hanches, mais je ne la touche pas. Elle relève un instant sa tête jusque là basculée en arrière et me regarde. Une goutte de salive perle au coin de ses lèvres. Je rapproche mes cuisses des siennes pour me mettre à genoux, en prenant bien garde à ne pas la toucher avec mon sexe encore emprisonné par le caleçon. De mes deux mains, je détache les boutons de son chemisier, remontant vers ses seins, révélant la dentelle de son soutien gorge. J’écarte le tissu pour le faire tomber de chaque côté de son corps en me redressant. Puis je me penche en avant pour embrasser son ventre, faisant remonter ma bouche jusqu’à sa poitrine, jusqu’à la dominer complètement. Mes lèvres se posent sur la base de son cou, sur son menton, elle redresse son visage et vient chercher mes lèvres. Nos langues s’effleurent à peine, nous nous sommes déjà embrassés un peu plus tôt dans la soirée, nous cherchons à nouveau ce goût d’interdit qui nous avait alors emporté. Je l’abandonne à regret au bout de quelques minutes, mais je ne tiens plus dans cette position, largement au-dessus de son corps.
Je me replie alors vers le bas du lit. Elle garde les yeux fermés. Je ramène mon souffle entre ses cuisses, ses grandes lèvres ont gonflé, son sexe s’est ouvert. Je regarde les replis de chair et m’approche si près que mon souffle humide se gorge de son odeur. Je m’enivre. Puis je plonge. D’abord par petites touches, je lèche, je goûte enfin, ma langue passe entre les lèvres et joue avec son capuchon, cherche la cachette de son clitoris, explore les sillons jusqu’à l’entrée de son vagin, s’aventure plus bas, à la fin de son sexe, à l’orée de son périnée. Très vite, mes coups de langue se font plus larges, plus appuyés, mes lèvres se joignent au jeu et je perds le compte de mes baisers, de mes aspirations et de mes souffles, je halète, je n’en peux plus et je finis par faire glisser mon boxer qui me torture. Mon sexe, dur, bat entre mes cuisses, je me cambre et l’appuie à peine sur le lit, je l’ai complètement oublié, lui, ma salive se mêle à sa cyprine et je bois nos humeurs de plaisir. Je sais les gouttes qui coulent sur son périnée et dévalent son sillon, savoir que son anus doit être détrempé m’excite tandis que ma langue plonge dans son vagin, le plus profondément possible. Elle se cambre. Mes mains ont rejoint ma bouche et je la caresse autant que je l’embrasse, elle gémit et se tord, je sens son plaisir monter…
Il s’est levé, s’est approché du lit, je l’ai senti bouger. Je me demande un instant si je dois avoir peur, s’il va craquer. Mais je m’en fous, je ne peux pas décoller ma bouche de son sexe, elle va jouir et je ne veux pas en perdre une goutte, je ne sais pas depuis combien de temps je la lèche ainsi, j’ai perdu mes repères car à cet instant, il ne m’en reste qu’un et il est entre ses cuisses. Je suis un animal en rut et je la veux.
Je sens sa main à lui se poser sur ma fesse droite. Je m’immobilise instantanément, me demandant s’il veux que je me relève, que je lui laisse la place, et j’esquisse un mouvement de recul, décollant ma barbe détrempée de son entrejambe. Mais il me maintient en place, alors je reprends le cunnilingus. Mon index et mon majeur droits s’aventurent désormais dans son vagin, tandis que de mon pouce, je lui caresse le périnée en me tordant le poignet, me demandant si je vais le glisser jusqu’à son œillet… Sa main n’a pas quitté la pointe de ma fesse, j’essaie d’imaginer ce qu’il voit, mon cul grand ouvert, mes cuisses écartées, mon sexe et mes couilles qui battent au gré de mes mouvements. Mon crâne entre ses jambes, et elle, elle dans toute sa splendeur, elle qui plonge vers l’orgasme et qui jouit, qui jouit de spasmes silencieux, les dents serrées de plaisir. J’ai cessé de bouger dès les premières contractions de son orgasme, gardant ma bouche autour de son clitoris, mes doigts dans son vagin, le savourant lorsqu’il les serre et se desserre.
Lui a avancé sa main sur mon dos, il me maintient en place, me faisant clairement comprendre que je ne dois pas m’écarter. Au bout d’une minutes environ, tandis que les mouvements spastiques autour des mes doigts s’évanouissent, je recommence à téter doucement son clitoris. Cette fois, elle ne peut retenir un râle de plaisir. Moi, je sens sa présence à lui, derrière moi, et ça m’excite. Ça m’excite mais lorsque sa main, qui était remontée sur ma hanche, me maintient un peu plus fermement, je manque rater une respiration. Je viens de sentir sa salive tomber sur le haut de mon sillon, et couler sur mon anus pour s’échouer sur mon scrotum épilé. Je frémis. J’étais un mâle en rut, je deviens une femelle à l’affût. Sans abandonner le sexe de son épouse, sans cesser le la lécher et de la caresser, je suis attentif au moindre de ses mouvements. Une deuxième goutte de salive, énorme, a suivi le même chemin que la première. Je m’ouvre, je le sais, et je sais qu’il regarde. Je sens, impatient, ses doigts caresser mon sphincter, puis doucement, l’écarter. Je ne bouge presque plus mais je n’ai pas cessé de la lécher, même si, je le sais, je ne peux pas maintenir la même concentration. Elle a bougé, je sais qu’elle le regarde. Est-elle incrédule ? Impatiente ? Je sens les doigts s’enfoncer plus profondément dans mon anus, constater qu’en quelques instants, ils passent sans difficulté. Son autre main s’est refermée sur mes couilles, il me caresse et j’adore ça, je ne lèche plus, je suis sa chienne, je suis sa chose, nous n’avions rien prévu de tout ça même si je n’avais pas manqué de signaler que j’aimais les hommes tout autant que les femmes. Il n’avait rien répondu. Je sens ses doigts qui jouent à m’ouvrir, puis je le devine qui bascule son corps sur le lit, à genou. Je relève mon cul, et je sens enfin ce que je n’en pouvais plus d’attendre depuis sa main sur ma hanche : la pointe de son gland qui cherche l’entrée, doucement, mais fermement. Je reprends ma respiration, cela fait si longtemps que ça ne m’était pas arrivé, je me détends, il me pénètre. Il me pénètre et je ne peux m’empêcher de reculer mon bassin pour venir, au bout d’une interminable minute, appuyer mon cul contre lui. Je sens ses couille effleurer les miennes. Il a posé ses mains sur mes hanches, il ne bouge pas. J’ai mal, un peu, mais j’adore ça et, doucement, je commence à bouger. Il en profite pour suivre le mouvement, et ses aller-retour deviennent de plus en plus amples, mais doux, appuyés, j’entends sa respiration concentrée, son plaisir évident.
Alors je me rappelle soudain du sexe féminin sur lequel est posé mon menton, et je reprends sans aucune retenue, mes baisers et mes caresses. J’ai sorti mes doigts de son vagin, j’ai besoin d’eux pour me tenir à ses hanches à elle tandis qu’il poursuit ses longs et puissants mouvements, je sens qu’il contrôle, mais que son plaisir le déborde. Je ne sais rien de ce qui se passe en moi, ma prostate et mon rectum sont un incendie de plaisir, je brûle complètement et je ne sais plus ce qui est douleur et bonheur, je sais simplement que mon sexe est prêt à exploser, comme le sien à elle qui se cambre à nouveau et offre son anus à ma langue avide, malgré ses mouvements limités par la corde.
Doucement, il ralentit. Essaie-t-il de se retenir ? Je veux le sentir jouir en moi ! Non. Il se penche sur le côté, et j’entends le bruit d’un emballage de capote qu’on déchire. Il se penche en avant et le glisse sous mon ventre. De ma main droite, je saisis le préservatif et le déroule maladroitement sur mon sexe, puis je me redresse, abandonnant les cuisses trempée de salive, de sueur et de cyprine. A quatre pattes, je la regarde, le sexe de son mari dans le cul, tandis qu’il me fait avancer. L’exercice est compliqué et nous sommes maladroits. Il détache la corde en se penchant à nouveau, elle bouge un peu se se cambre, je détache son poignet lorsque je me retrouve sur elle, et elle glisse, impatiente, sa main entre nous pour guider mon sexe en elle.
Aucun d’entre nous n’a prononcé un mot. Je me laisse glisser en elle en espérant ne pas le perdre, lui. Il bascule vers l’avant et son sexe s’enfonce en moi lorsqu’il tombe. Son poids me pousse au fond, elle gémit, moi aussi, et puis il reprend ses mouvements, d’abord lentement, puis de plus en plus rapide. Je ne peux presque pas bouger mais mon bassin suit le sien, ses couilles frottent les miennes, je le sens haleter et perdre le contrôle de ses aller-retours, il me déchire et j’adore ça, je veux le sentir jouir et il explose, il explose et se laisse tomber sur nous, me collant à elle qui continue, malgré tout à se caresser sur mon sexe profondément enfoncé. Je sens son corps poissé de sueur, sa respiration difficile, il se redresse à peine et je l’expulse doucement, à regret, une fois qu’il a finit d’éjaculer.
Une fois libérée de son poids, elle pose sa main sur mon cul et m’encourage. A mon tour, je perds le contrôle et me lance dans une salve de mouvements violents et rapides désynchronisés, j’espère qu’elle va jouir et je ne sais pas si c’est le cas mais elle râle de plaisir tandis que j’explose et me vide en elle comme si c’était la seule chose qui comptait dans cet univers...

Texte improvisé le 25 avril 2020, sur suggestions de LibNoa et Bruneline

12 nov. 2019

Sans pizza

Une pizza. Une reine. Ou une veggie. Pas un de ces saloperies aux anchois… de toute façon, on n’en trouve plus, l’humanité progresse. Qui peut-bien avaler ces saletés d’anchois ?
Ou bien. Jambon, ananas ?
De toute façon cette soirée est un cliché. Seule dans son canapé, à moitié nue avec son vieux legging-pyjama et sa polaire informe et trouée. Netflix qui ronronne à la télé, sans parvenir à la capter. Elle sait bien qu’elle devrait porter un genre de chemise de nuit en soie. Un de ces trucs satinés qui glissent tout seuls pour révéler un téton « arrogant » ou « provoquant ». Elle a les seins qui tombent alors, elle les prends dans ses mains, bien au chaud sous sa polaire. Joue avec leur poids, leur élasticité. Imagine, peut-être, d’autres mains. Ou juste les siennes, qui font glisser le tissu élimé sur ses pointes.
Jambon et ananas. La voix blasée de l’employé de la boîte à pizzas ne l’a pas trop émoustillée. Au temps pour les clichés.
Dans quelques dizaines de minutes, un inconnu va gravir son escalier. Il va sonner, elle sera toujours aussi mal déshabillée. Bien sûr qu’elle pourrait en profiter. Enfin, à condition qu’il soit intéressé. Son copain n’est pas là, et de toute façon il est avec une amante, probablement à manger une de ces pizzas prétentieuses qui se la jouent authentiques. OK, ils s'en sont tout deux donné le droit, mais elle est bien contente de son choix d’ananas, du coup.
Le livreur arrivera en scooter. Avec un jogging, c’est certain. Il aura un accent du coin. Ou bien un accent lointain. De toute façon, c’est la même galère pour chacun. On ne fait pas ce métier là par choix… Dans un de ces films, il aurait un jean moulant, il ne porterait rien dessous, il aurait une veste en cuir et une chaîne en or, il serait parfaitement rasé, avec un filet de barbe taillée à la perfection pour renforcer l’angle de sa mâchoire. Et elle elle aurait cette foutue chemise de nuit en satin. Ou une nuisette. Qu’est-ce qui est plus inconfortable qu’une nuisette, ça glisse tout le temps, évidemment que ça sert juste à se foutre à poil ! Elle, elle préfère sa doudoune en peau de wookie.
Le mobilier de l’appartement, non plus, ne convient pas. La table basse conforama, le canapé clic-clac un peu défoncé, les fringues qui traînent partout, le magazine de jeux de rôles rétro (casus belli, c'est quoi ce nom ?) avec sa pin-up trop bien gaulée... Perdant le fil de ses pensées, sa main s’est égarée. Elle a glissé de son sein droit, est descendue vers sa toison, sa forêt de poils obscure, son index joue à l’orée de ses lèvres, tandis que sa main gauche caresse distraitement son téton, jouant avec le sein comme avec l’aréole, plus curieuse qu’excitée. Ses doigts caressent son pubis, à la jonction de ses cuisses, elle profite juste de la sensation, sans préméditation. La rondeur de son ventre, ses hanches, elle glisse, elle aime sa peau, elle râle sur ses défauts, mais elle chauffe doucement en laissant ses doigts errer au hasard. Effleurer ses petites lèvres qui dépassent discrètement. Les pincer, mais à peine. Sa respiration change, elle en a à peine conscience, pourtant, elle a basculé son bassin, elle s’est un peu ouverte, elle s’est détendue et ses doigts ont trouvé sans peine la pointe d’humidité qui perlait. Elle mouille et étale le liquide élastique sur le sillon de ses lèvres, dessine son sexe de la pointe du doigt, évite son capuchon. Elle sent le battement dans le bas de son ventre, cette pulsation qui l’attire, ses doigts se font plus directifs, ils écartent sa vulve, caressent l’entrée de son vagin, filent étaler sa cyprine sur son périnée. Elle coule comme jamais, d’habitude il faut la lubrifier, la cascade dans la forêt, c’est chaud et c’est doux et c’est bon et ce sont trois doigts qui crochètent désormais son clitoris et le plafond de son vagin.
Elle est à quatre patte, le cul en l’air, elle halète et ses doigts vont et viennent et le liquide humecte son vieux legging, elle écarte le tissu à chaque passage de sa main, elle se sent trempée, elle colle à son pyjama, elle glisse dans ses creux et ses courbes, elle étale la mouille partout sur ses cuisses, sur son ventre, c’est froid et c’est doux et c’est bon, elle adore être trempée, sa cyprine filante et visqueuse, sa salive à lui, mais il n’est pas là, elle voudrait son foutre mais il bouffe des anchois !
Alors elle se redresse, le livreur va arriver. Et puis elle retombe, vaincue par ses doigts inexorables, qui retrouvent le chemin de son cul et de son con, elle n’a trouvé qu’un stylo pour avoir un support sur lequel contracter son anus, tant pis, ça suffira, l’idée lui suffit de tout façon, elle halète, adossée à la porte, les jambes grande écartées, avachie sur elle-même, ses tétons pointés continuent de frotter sa polaire à chacun de ses mouvements, elle appuie sur le bouton quand il sonne en bas, et puis elle continue, elle lui ouvrira, trempée, décoiffée, rouge de désir, sa salope détrempée, elle va se donner à ce type inconnu dont elle ne sait même pas à quoi il ressemble, et il la fera jouir avec sa putain de pizza à l’ananas !
Elle a quatre doigts dans son vagin, elle voudrait un poing mais elle n’y arrive pas, et puis de toute façon c’est pas pratique, et puis son vagin se serre sur ses doigts, elle se tend, il frappe à la porte, et de toute façon merde, merde, merde ! Plusieurs minutes, elle crie son plaisir, sa jouissance, son désir, son explosion solitaire, elle tremble et fait trembler la porte, ses spasmes emportent sa raison, elle tape du poing dans le bois, manque se mordre les lèvres, elle bave, son clitoris pulse sous son pouce, elle appuie juste comme il faut, juste quand il faut, juste ce qu’il faut pour porter et magnifier son orgasme, merde !
Qu’est-ce qu’il a dit ?
« J’ai laissé la pizza » ?
Ou bien quoi ?
Elle parie qu’il s’est barré, et qu’elle n’aura rien à manger.
Gagné.
Et le stylo est tombé.

Texte improvisé sur une suggestion de Bruno Bellamy, un soir désoeuvré.
Aucune garantie de réalisme quand à la masturbation féminine, n'hésitez pas à vous foutre de moi
J'ai réalisé après coup que dans ma tête, cette femme était en couple libre et juste un peu frustrée que son mec mange des pizzas avec une autre nana (parce que ça pourrait très bien arriver chez moi), mais je ne l'ai pas écrit, a priori. j'ai modifié le texte en conséquence en le portant depuis Twitter jusqu'ici.

19 sept. 2019

Lettre de recommandation

eloise-3.jpgQuelle étrange démarche ! Quelle étrange époque ! Écrire une lettre de recommandation pour ma propre épouse ? Sans savoir qui la lira ? Car... qui êtes-vous, vous qui tenez ce papier entre vos mains ? Un homme ? Une femme ? Un ou une infidèle ? Un libertin, ou une libertine ? Un amoureux ? Une amoureuse ?
Peut-on écrire une lettre de recommandation sans savoir cela ? J’en doute. Mais je peux toujours essayer.
Ma seconde interrogation sera de savoir, si j’ignore qui me lis, quelles sont vos questions. Vous importe-il de savoir si elle est belle ? Drôle ? Si vous aurez envie de l’aimer ? De la séduire, ou d’essayer ? Espérerez-vous qu’elle tente de vous séduire, vous ? Cherchez-vous simplement une aventure sexuelle ? Désirez-vous plus que cela : une rencontre ? Une confrontation ? Un duel, peut-être ?
Éloïse est belle. Bien sûr qu’elle est belle. Elle est belle avec simplicité, avec naturel, avec sincérité. Elle est superbe ! Mon ravissement quotidien, au saut du lit, au travail, quand elle regarde ailleurs, quand elle me sourit. Ses boucles brunes, ses yeux bleus, son nez, sa bouche… Ses clavicules ? Puis-je évoquer ses clavicules, auxquelles mentalement je me raccroche quand je m’oublie ? Ses seins, leur rondeur, leur douceur, leur équilibre, leur simple perfection, ce bonheur à contempler. Suivez-vous mon regard ? Où découvrirez-vous, en elle, toute la beauté de la femme que je ne me lasse jamais d’admirer ? Sur ses hanches pleines, invitations aux baisers ? Sur la ligne de sa colonne, la rondeur de son cul, la fermeté de ses cuisses ? Imaginez-vous, qu’en lisant ces mots, elle secouerait la tête d’un air exaspéré ? Plongerez-vous votre regard entre ses cuisses, chercherez-vous à deviner la ligne parfaite de ses grande lèvres, l’humidité que vous espérerez faire poindre à leur orée ? La regarderez-vous fière, vous dominant de sa superbe, ou la contemplerez-vous alanguie sur ce lit ? Aurez-vous la chance d’être submergé par la tension de son buste, les proportions de ses bras tandis qu’elle vous chevauchera ? Aurez-vous le privilège d’observer ses yeux fermés, la douceur de son visage endormi ? Derrière mes propres paupières, je vois la lumière. Sur ses hanches, sur ses seins, sur ses fesses. Sa gloire sincère et incrédule. Vous la trouverez si belle, Éloïse. J’espère que vous trouverez les mots, ou les regards, pour le lui dire. Saurez-vous la convaincre ?
Éloïse est drôle, comme le sont les gens intelligents qui savent leurs limites, assez effrontée pour vous moquer comme elle sait (bien trop cruellement parfois) se moquer d’elle-même. Vous saurez lire son sourire dans les plis de ses yeux, dans la courbe de ses lèvres, dans la lumière de ses iris. Drôle comme peuvent être celles et ceux qui ont souffert, se sont relevés, sont retombés, se sont abîmés, ont désespéré, ou désespèrent encore. Je vous souhaite d’entendre son rire, j’espère que vous la ferez rire. Que vous chasserez la tristesse et la mélancolie, tout le gris qui parfois l’envahit. Pour entendre ce son que je ne saurais décrire, mais qui à chaque fois m’apporte le sourire, le bonheur, le plaisir. Éloïse est complexe, peut-être commencez-vous à le deviner ? Oh, bien sûr, vous pouvez passer à côté, peut-être que ce ne sera pas le sujet, pas votre sujet. Mais il m’arrive souvent de la regarder avec perplexité, de chercher à comprendre ses impulsions, ses émotions, le tourbillon qui l’habite et qu’elle contient à grand peine, cette cohabitation entre son intelligence vive, sa capacité d’analyse et cette précipitation qui confine parfois à l’autodestruction. Ne faites jamais l’erreur de sous-estimer ses mots, même les plus excessifs, sa sincérité est entière, comme sa colère. Saurez-vous chercher ce qu’elle recèle, entendre ce qu’elle ne dit pas, ce qu’elle n’entend pas ? Elle se dit féline, entendez-vous vraiment ce que cela signifie ? Aurez-vous le courage et l’envie de découvrir sa merveilleuse complexité ? Vous n’aurez peut-être pas envie de vous y frotter, peut-être préférerez-vous polir une de ses facettes, peut-être vous contenterez-vous tous deux de l’image qu’elle vous offrira. Gardez-vous de trop simplement vous y admirer.
Sa vraie beauté, son secret se dissimulent au-delà du tain.
Ne lui mentez pas. Soyez sincère comme elle le sera. Ne la trompez pas, ne la méprisez pas. Éloïse n’est pas un jouet, sauf si elle le choisit.
Car c’est là, je crois, une de ses clefs : le choix. Son choix, ses choix. J’espère que vous saurez les écouter. Vous devrez les respectez. N’entendez dans mes mots aucune menace (de ma part). Éloïse méprise les menteurs, elle hait les trompeurs. Je connais sa colère. Vous ne voulez pas vous y confronter.
Je vous inquiète ? Tant mieux. Comme chacun, Éloïse doit être respectée. Elle a trop vécu pour la naïveté, mais sa confiance et sa gentillesse sont offertes, sincères et vraies, vous pouvez certainement les mériter.
Car Éloïse est passionnée, et, c’est là, je crois, elle toute résumée. J’aime sa passion, sa colère, sa joie, son désir, toutes ces tempêtes que j’ai vu dans ses yeux, dans sa voix, sur son corps, en son sexe. Toutes ces tornades qui viennent briser ma tranquillité.
Je peux être son ancre ou son rocher, sa montagne si je voulais me vanter, elle est mon océan, parfois libre et conquérante, parfois câline et aimante, étale, frémissante. Toutes ces émotions qu’elle suscite en moi, je vous souhaite de les rencontrer.
Mais nous n’avons pas parlé de sexe, ou pas assez. Vous voulez être son amant, ou son amante ? Comment pourrais-je évoquer son étonnant mélange de violence et de timidité, de confiance et d’insécurité ? Je l’ai vue avec d’autres, je l’ai vécue sur moi, en moi, j’ai son goût sur ma langue à cet instant, le souvenir de sa cyprine sur mes lèvres, cet éblouissement qui me saisit lorsqu’elle me regarde vraiment, quand elle me touche, quant elle m’embrase. M’embrasse. La douceur élastique de ses seins, leur rondeur, leurs mamelons, la douceur de sa peau, la courbe de son cou, la perfection de son cul. Sa violence quand elle s’empale sur moi, le velours de sa langue sur mon sexe, ses doigts qui m’écartent et m’explorent, sa résolution quand elle m’attache, son impatiente confiance quand elle m’abandonne les rênes. Son énergie quand mon sexe la pénètre, sa résistance à mes coups de bassin, la sensation de ses chairs qui m’accueillent… Sa puissance. Toutes ces odeurs, ces sensations qui me submergent quand j’évoque ces souvenirs. Cette fascination quand je vois son attention, sa sensibilité, à quel point elle s’adapte aux autres, aussi, devenant pour chacune, pour chacun, l’adéquate réponse aux désirs, le réceptacle sincère de nos plaisirs. Jouir !
Je vous souhaite, tellement, sincèrement, de la rencontrer vraiment. Je suis même un peu (beaucoup) jaloux des facettes que vous découvrirez. J’espère, quant à moi, accéder à son cœur secret.

16 sept. 2019

Oulimots S36 5/09 : Joie, une contrainte !

Contrainte : Envie, caduque, tirelipompon, joie, verdure, bovin, végan, endorphine, contrainte Je n'ai jamais le temps d'écrire pour les oulimots. Et puis, ce jour là, au travail, j'ai eu une demi-heure. Et une idée. Le but du jeu : écrire dans le temps imparti un texte respectant une ou plusieurs contraintes. Cette fois-ci, les mots listés ci-dessus. Pour les idées des autres, c'est ici !

Grommelant dans sa barbe, Benjamin repoussait l’aliment de ses bovins vers le cornadis. Dans sa combinaison verte un peu trop serrée à son goût, il commençait sérieusement à transpirer. Il ouvrit la fermeture éclair jusqu’à son nombril, posa un instant sa pelle et pris le temps d’essuyer la sueur sur son front. Il contempla quelques minutes le jeu de la poussière avec les rayons de lumière dans sa stabulation, se remémorant – une fois de plus ! – la journée de rêve passée il y a déjà trois semaines avec Béatrice. Béa. Un sourire de joie illumina son visage, puis il se renfrogna en repensant que tout était déjà caduque. Son sourire reparu un instant quand il se remémora ses boucles blondes, son air sévère et joueur tout à la fois, ses yeux bleus et sa robe légère.
Elle était arrivée à l’improviste dans sa ferme, se garant devant sa stabulation dans un grand nuage de poussière. Ils discutaient depuis peu sur l’appli, il lui avait dit où il habitait. Elle était venue, sans prévenir, sur un coup de tête, suivant un désir, ou une envie. Il avait commencé par se décomposer dans sa combi verte maculée de sueur, avec ses bottes en caoutchouc et sa pelle. Elle lui avait souri, elle avait regardé la paille dorée et la poussière dans les rayons du soleil, le poil brillant de ses vaches, elle avait écouté le silence à peine perturbé par le vol des mouches et les mouvements des bovins. Puis elle l’avait embrassé, elle avait abaissé la fermeture éclair de sa combinaison, s’était emparée de son sexe et l’avait lentement léché, avant de l’engloutir. Il n’avait pu dire un mot, il était resté là, idiot paralysé, avec elle à ses genoux. Il avait senti le plaisir monter, sa main qui se glissait sous le tissu de sa combinaison, qui caressait son scrotum, et lui, lui, il regardait tour à tour ses boucles, ses vaches, ses épaules, la paille, ses mains, ses deux taureaux. Elle avait cessé ses va et vient pour le fixer dans les yeux. Gêné, il n’avait pu détourner le regard de sa langue jouant avec son gland. Elle s’était relevée, elle l’avait à nouveau embrassée, libre et sans contrainte. Il l’avait soulevée avec la facilité de ceux qui travaillent chaque jour de leurs mains, elle s’était laissée portée dans ses bras, telle une princesse. Il l’avait déposée dans la paille fraîche et, sous le regard approbateur de Tirelipompon et Chihuahua, ses taureaux, il l’avait lentement déshabillée. Elle n’avait cessé de le fixer de ses grand yeux bleus. Aimait-elle ses muscles longilignes, sans artifices, sa barbe brune, ses cheveux bouclés, ses yeux presque noirs ? Il avait plongé sa bouche entre ses cuisses, et, dans cet écrin de verdure aux creux des collines, ils avaient fait l’amour avec tendresse, avec fougue, avec lenteur, avec passion, jusqu’à rendre les armes et à s’abandonner au plaisir et aux endorphines. Il était tombé instantanément amoureux. Elle avait juste suivi ses envies.
Il se remémora encore son cul trempé par la sueur et la cyprine alors qu’elle se rhabillait devant lui. Son dos. Son sperme qui finissait de sécher sur sa cuisse.
Son dernier regard alors qu’elle s’était penchée une ultime fois sur lui pour l’embrasser.
Ses sourcils.
Ses derniers mots, alors qu’elle balayait la stabulation du regard : « je ne comprendrai jamais les végans ».

27 juin 2019

Baise-moi !

Baise-moi !
Dans cette chambre surchauffée, sur ce lit déjà détrempé : baise-moi.
Fais moi tomber, oui, sur le dos, repousse-moi. Saisis mon sexe à pleine main, serre-le, branle-moi, oui, oui, empale-toi ! Sans une hésitation, tu m’enfonces, je râle de délice, je fonds de sueur et de plaisir, mais déjà, tu te relèves, si vite, tu lâche mon sexe et tu ris. Un rire de plaisir et de joie, un rire un brin pervers, je souris, tu me veux ta chose, je serai ta chose. Tu me retournes, et je m’agenouille. Je te tourne le dos, je décide de fermer les yeux. Ta main hésite sur ma fesse, remonte vers mon dos, interrogative. Je halète déjà d’anticipation. Me veux-tu ta chienne, ou ton étalon ?
Tu poses tes lèvres sur ma fesse. Je sens tes dents, délicatement. Dénudées par le sourire qui naît de ton imagination libérée. Tu te redresses vivement, tu me pousses, je tombe en avant, les épaules sur le lit, le cul en l’air, ouvert, offert. Tu regardes, tu saisis à nouveau mon sexe, joue avec mes couilles. Baise-moi !
Tes doigts remontent mon périnée, s’attardent autour de mon anus, explorent – peu de temps. Tu n’hésites guère et tu forces cette porte déjà ouverte, je transpire de plaisir, je devine un doigt, peut-être deux. Je te sens te redresser, je perçois ton excitation, toi aussi, tu perds la raison. Tu voulais contrôler, mais dans ce jeu c’est l’échange qui domine, je suis offert, oui, mais tu ne peux pas résister. Je te sens à genoux, ton sexe près du mien. J’essaie de deviner ce que tu fais, as-tu saisis un jouet ? Soudain, je me fige : je te sens à l’orée de mon sphincter, tu entres, doucement, fermement, longuement et lentement. Tu t’enfonces jusqu’à ce que ton bassin touche le mien. Paralysé, mon cerveau s’effondre, j’ai abandonné l’analyse et l’anticipation, je te sens reculer, et puis, à nouveau, avancer. Doucement. Mais toujours aussi inexorablement. Tu râles, tu expires, je soupire, baise-moi ! Tu vas, de plus en plus vite, de plus en plus fort, je sens ma rupture qui vient, il y a trop de tout, trop de toi, trop de nous, je craque et je m’effondre, dans ma tête d’abord, dans mon corps ensuite, je suis totalement cambré, totalement offert, totalement ouvert, mais je cède et j’abandonne, ce n’est pas un orgasme mais une déroute complète de tout contrôle, je ne suis plus, je ne suis plus là, je ne suis plus moi, je suis à toi, je suis à nous et à ce moment là. Je ne peux que deviner ton exultation tandis que tu te retires…
J’agonise dans ma sueur, le cul toujours en l’air. Tu poses ta main doucement sur ma fesse droite, tu me repousses sur le côté, tu me fais basculer. Je cède sans difficulté. Nous haletons. J’ai été ta chienne, mais je sens bien que tu me veux ton étalon. Je halète et peine à reprendre mon souffle, mais voici déjà ton sexe sur ma bouche, ton sexe trempé, vibrant de plaisir, exigeant, conquérant, tu prends ma bouche et je t’offre mes lèvres, ma langue qui tourne et lèche, avide, gourmande, nous étions trempé de sueur, nous le serons de salive, je me détourne d’ailleurs pour boire, longuement, l’eau coule sur mon cou, sur mon torse, sur le lit, je m’en fous, je me jette sur toi et sur ton sexe, cette fois c’est toi qui t’offre et m’exige, j’explore et honore chaque repli de ton aine, de ton cul, tu t’ouvres toi aussi, tu t’ouvres et cette fois, c’est toi qui soupire… baise-moi !

19 fév. 2019

Le club (1)

Une reine. Elle se laisse flotter dans l’eau chaude du jacuzzi, ses boucles brunes, sa couronne, flottent autour de son visage. Elle ferme les yeux, apaisée, un sourire indéfinissable sur les lèvres. A demi-assis, je maintiens son bassin contre le mien, mon sexe, dans le sien. Nous ne bougeons pas, fusionnels, mais je l’ai laissée s’écarter de moi, ses seins affleurent à la surface bouillonnante, cambrée, elle s’oublie. Le point focal ? Cette chaleur dans nos bas-ventres. Nos sexes comme notre amour, inextricablement mêlés. Je regarde ces mains, ces corps qui se rassemblent, ces hommes qui s’assemblent, spectateurs, de plus en plus nombreux, de plus en plus audacieux. Leurs mains qui courent sur sa peau... je sens leurs doigts sur ses fesses, sur ses cuisses, sur ses hanches, je les vois, sur ses épaules, sur ses seins. Volages, furtifs, impatients, ou insistants. Ses mains à elle ont disparu. Je les devine joueuses et aguicheuses, saisissant sans hésitation leurs vits offerts. Les encourageants à s’approcher. Ne repoussant aucun d’entre eux. Certains me regardent, curieux. Je suis silencieux, souriant. Je la garde contre moi, son bassin, et le mien. Je passe ma main dans son dos, la ramène contre moi, glissant juste ces mots à son oreille : « je t’aime ». Elle sourit tandis que je la laisse s’écouler à nouveau. Je suis son pivot, ils sont ses rayons. Souriants, excités, impatients, je ne peux que deviner leurs fantasmes et leurs désirs. Je sens leurs mains effleurer ma peau excitée. Je la maintiens et je leur crie, en un silence assourdissant : « Admirez-la ! Désirez-la ! Elle est à moi, aussi longtemps qu’elle le voudra ! Nous sommes la semence dans la matrice, attroupée autour de l’œuf, mais je suis le seul, le seul à à entrer ! »
Le sang palpite à mes tympans, le pouls insistant du désir, de la luxure. La fierté et le doute, l’humilité et l’arrogance. Je l’aime. Elle m’aime. Et ils sont là pour elle. Pour nous ?
Ses mains, sur leurs sexes, s’accordent au rythme de leurs désirs. L’un d’eux, déjà, s’est écarté, rassasié. Elle sourit quand, une nouvelle fois, je la ramène contre moi, lui susurrant des mots d’amour et de désir. Quand je la laisse doucement s’écarter, qu’ils s’agglutinent, je souris, leur cédant, semblerait-il, cet accord tacite de celui qui offre celle qu’il possède, sa femme. Mais qui serais-je pour offrir ce qui n’appartient qu’à elle ? Je sais ma place, et je souris ces mots : cru, rieur, arrogant, provocateur : « je suis bi, qui, qui voudra être sucé par un un homme et sa femme ? »
Dans l’obscurité du grand jacuzzi, je vois les mouvements se préciser. Des dos qui se tournent et s’éloignent, mais aussi des dents blanches, des sourires éclatants, un désir joyeux qui s’épanouit, l’envie du jeu.
« Moi, moi, je suis bi, moi, oui ! »
« Je, je n’ai jamais, mais… j’en ai toujours rêvé. »
Mes lèvres se referment sur sa verge, dressée et impatiente, ma main contre sa cuisse, contre ses couilles. Des sexes, partout, autour de nous, je les vois s’approcher d’elle, de moi, de nous, de nous. Ma bouche sur cette verge, ma langue qui explore les replis sous son gland, qui forage avidement son méat, ma gourmandise, ma frénésie, je le veux, il se cambre, se pétrifie. « Je, je n’ai jamais, mais… j’en ai toujours rêvé. » Moi aussi. Mes mains qui courent, les aller-retour, les caresses, je le veux, je l’aspire, l’avale et l’engloutis, il pose ses mains sur ma tête, je ne lui laisse, je ne me laisse aucun répit, rapide et violent, puis lent et langoureux, je sens les spasmes, les timides premières gouttes à l’entrée de ma gorge et sur ma langue. Je savoure. Son plaisir. Mon désir. J’ai oublié la salle obscure, je devine du coin de l’œil mon amour et sa cour. Sa cuisse est posée près de la mienne. Je le suce, comme si jamais je n’avais rien d’autre n’avait existé, il se tétanise, je sens son plaisir monter, les spasmes de son bassin, je ralentis, je l’enveloppe, le prend entre ma langue et mon palais. J’appuie, je tête lentement, mais sans lui offrir le moindre répit. Il jouit. Il jouit. Il jouit.
Il se penche ; je savoure. Lui aussi. Il se penche, et m’embrasse doucement. « Merci ». Puis il s’éloigne. L’oubli. Devant moi, un jeune homme, un sourire, des tâches de rousseur. « Moi ? Moi aussi ? »
Oui.

11 fév. 2019

Désir et désirs

J’étais dans ma voiture. Excité à bloc. J’atterrissais à peine, et, sur le parking de l’aéroport, je bouillais. Je savais que tu n’étais pas très loin, Éloïse. En train de travailler, mais sans doute pas pour très longtemps. Il était à peine 10h du matin, et la journée pouvait être à nous. L’après-midi, au moins. J’avais envie de toi, mais tu n’étais pas là, tu ne répondrais pas. Pas avant longtemps.
J’atterrissais et j’avais envie de sexe, sans vraiment savoir pourquoi. Envie, tout simplement. Du désir, brut, non dirigé, non contrôlé. Une chaleur dans mon bassin, une pulsation dans ma prostate. J’avais envie de sexe. De sexe, de n’importe quel sexe, mais de sexe. Pas du porno, du direct.
Je pouvais rentrer à la maison, attendre que toi aussi tu reviennes. Ou… nous pourrions aller en club, si je patientais. Si tu répondais. Si tu avais, toi aussi, envie.
Et pendant ce temps je discutais. Avec elle, et elle. Je t’envoyais des sms auxquels tu ne répondais pas, et elles répondaient, elles, à mes messages.
Jusqu’à ce que je réalise : j’avais envie de sexe, douloureusement, précipitamment, sans retenue ni contrôle. Du désir, brut.
Mais vous étiez trois ? Et je vous parlais, à chacune de vous – même si avec toi, je monologuais. J’ai eu un instant d’arrêt. A quoi donc ressemblais-je ? A un excité juste bon à défouler sa frustration en abusant de vous ? J’ai arrêté d’écrire, et j’ai relu mes messages. Du désir, oui. Mais aussi... des désirs.
Des désirs différents. Mon ton, mes mots, mes fantasmes… différaient tant selon les conversations. J’ai recommencé à écrire, non pas apaisé, mais émoustillé : oui, je ressentais un désir protéiforme, impatient, aveugle, et en même temps avec chacune d’entre vous il se métamorphosait, il s'incarnait, y compris dans des fantasmes qui ne se réaliseraient peut-être jamais. Un polydésir sincère. Un désir soumis, un désir dominant. Un désir homo, un désir hétéro. Un désir violent, un désir patient. Des facettes, des reflets, de vous, de nous. Non pas un oubli de moi, ou un manque de consistance : plutôt la souplesse de l’amant, qui retrouve avec chacune voire chacun différentes facettes de sa personnalité.
Une stimulation, un dialogue.
De mot à mot, de désir à désir, de corps à corps.
Je désire.
Je vous désire.

3 fév. 2019

Les pâtes

D’une main, je pose ma main sous son sein droit. Surprise, elle lève vers moi un regard interrogateur. Ses yeux bleus sous ses boucles brunes, elle semble attendre. Moi même, je ne sais trop que penser. J’ai envie d’elle, maintenant. Alors, oui, nous sommes dans la cuisine, je rentre à peine du boulot, j’y retourne dans une heure. Les pâtes bouillonnent. Elle calcule, je crois. Comme moi. En ai-je envie ? Maintenant ? Mais il fait un peu froid. Et les pâtes cuisent. Je glisse ma main sous son pull et la pose sur sa taille. Elle me regarde toujours. Je la surplombe de bien 15 centimètres. Je penche mon visage vers le sien. Elle me tend sa bouche. Nos lèvres se rencontrent. Quelque chose passe… le désir ?
De mes mains, je lui imprime un mouvement de rotation doux mais ferme, la fais reculer. Ses fesses se posent contre la table. Nos lèvres ne se sont pas quittées. Mes mains ont dévalé son corps, débouclent sa ceinture, mes doigts se glissent sous l’élastique de sa culotte. Je m’agenouille, lui ôte ses chaussures fais tomber sa culotte et son pantalon. Je la bascule sur la table, elle se laisse faire, se couche sur le plateau de bois, je lève et écarte ses cuisses. Son sexe. Je plonge. Ma bouche contre sa vulve, ma langue qui s’insinue, elle bascule son bassin, je l’explore, l’embrasse, la lèche, joue avec son clitoris, ses lèvres et son capuchon, elle est trempée, salive et cyprine mêlées, mes mains sont sur ses hanches, elle bascule encore son bassin, ma langue court le long de son périnée, chatouille son anus, elle palpite, elle gémit, elle brûle, désire, délire, et je m’oublie, je suis parti, déjà, je suis juste une frénésie de coups de langue, de doigts, ma respiration se perd, mon souffle, je me relève. Je fais tomber mon pantalon et mon caleçon, mon sexe se dresse, impatient, intenable, elle expire, je la pénètre, mais elle me repousse alors que je me fonds dans ses chairs. Folie ! Pourquoi ?
Elle me repousse et je m’avance à nouveau, mais elle saisit mon sexe et le pose sur son anus.
Ce qui reste de mon cerveau finit de fondre. Elle saisit mon sexe et le pose sur son anus. Je m’avance, tout doucement. Elle s’ouvre, je sens le premier sphincter qui enserre mon gland, puis la chaleur, elle m’aspire, et me voilà, m’enfonçant doucement jusqu’à ce que mes couilles rencontrent le bois de la table. Je la reprends par les hanches et l’amène contre moi, finissant de la pénétrer tandis qu’elle gémit de plaisir. Son bassin, contre le mien. Nos corps qui oscillent, puis le mouvement, mes aller-retours prennent de l’ampleur, de plus en plus loin, de plus en plus vite, jusqu’à ce qu’elle m’impose son rythme et la distance, pour que mon gland ne cesse d’entrer et sortir de ses sphincters, jusqu’à ce que je craque et m’enfonce à nouveau, précipitant un nouveau râle luxurieux. Elle continue à maîtriser le jeu, ne me concédant parfois qu’une pénétration profonde, je vois son sexe qui coule, sa mouille qui dévale sur ses fesses et mon sexe, mes cuisses, mes jambes. Le bois de la table est trempé, elle se contracte un peu plus à chaque va et vient, moi, je me suis perdu, complètement oublié, je lui ai tout abandonné, je ne sais plus ce qui se passe jusqu’à la sentir exploser, la sentir serrer sans répit ma verge étranglée, me libérant en m’emprisonnant, j’explose, je me répands, elle m’avale et m’aspire, je m’effondre, elle aussi.
Les pâtes sont trop cuites.

4 nov. 2018

Le cadeau refusé

Tu n'as pas dit un mot, pas fait un geste, mais je me suis arrêté net.
Tu m'attendais, bien entendu. Tu savais que j'arriverai assez vite. J'avais éteint mon ordinateur et la lumière de l'escalier, j'avais couché le chien. Tu savais que j'allais me déshabiller dans le couloir puis mettre mes vêtements dans la panière avant d'entrer dans la chambre, nu, mon jean à la main. Tu avais soigné la mise en scène. Juste assez désordonnée pour ne pas me donner l'impression de m'attendre depuis longtemps. La lumière discrètement baissée, assez douce pour créer une ambiance, assez forte pour que les ombres soulignent le spectacle.
Ton cul, dressé, offert.
Ton corps, abandonné. Ta tête dans l'oreiller, tes épaules et tes seins perdus dans la couette.
Quelle cambrure ! Je sais que tu en es fière !
Il ne manquait que le panneau « prends-moi ».
Mais je suis un malotru. Tu le sais très bien.
J'ai marqué un très court temps d'arrêt. M'as-tu entendu sourire ? J'ai posé mon jean sur la chaise. Juste assez fort pour que tu puisses suivre mes mouvements. Je me suis approché de toi, j'ai tourné, un peu, autour du lit, pour te regarder. Tes fesses. Ton dos. Tes cheveux. Tes épaules. Ton sexe. Ton sexe, bien sûr. Tu veux une levrette, tu la veux violente, mais tu ne sais pas si ce soir, je me plierai à tes désirs, ou si je jouerai à les contrarier. Je sais que tu as entendu le bruit de mes lèvres quand j'ai souri, je sais que tu devines. Tu gémis de frustration, mais tu ne bouges pas. Je sais que tu te vengeras.
J'ai ouvert le coffre à jouets. Tu m'as entendu fourrager un peu dedans. Tu as entendu le bruit des sangles de cuir, tu m'as entendu jeter des objets sur le lit. Légers. As-tu reconnu la cravache ? J'ai décidé de la poser en travers de tes mollets. J'ai un peu écarté tes jambes, j'ai placé les menottes de cuir autour de tes chevilles. Pour la forme. Tu t'offres à moi ? Tu exiges mon sexe en m'offrant le tien ? Très bien. Mais d'abord, je jouerai selon mes termes. Je veux que tu me supplies. J'espère simplement que tu ne le feras pas trop vite : je veux jouer. Entre tes jambes, j'ai posé un petit tube de plastique, un toy simple et sans prétention. A peine plus qu'un crayon. Mon pénis s'est dressé, mais tu ne le vois pas. Tu ne vois rien, tu ne bouges pas. Je te regarde respirer. Tu attends.
Et moi j'ai quand même envie de te donner ce que tu demandes. Mais. Non. Je vais jouer avec ta frustration, je jouerai aussi avec la mienne. Je monte sur le lit, à genoux. Pour que tu te demandes encore, si, en réalité...
Je pose ma main droite sur le bas de ton dos, fermement, et doucement. Pas de réelle sensualité, juste un premier contact, pour briser la tension, et... la faire renaître. Je laisse ma main glisser sur ta fesse droite, effleurer ta cuisse, je fais attention à ne pas être trop léger. De ma main gauche, je verse doucement le silicone liquide sur la naissance de ta raie. Le fluide épais et tiède tombe goutte à goutte. Je te vois frémir. Ton anus palpite tandis qu'il passe sur lui et descend vers ton sexe. Tu t'ouvres.
Tu trembles. Avec mon pouce droit, ma main posée sur ta fesse, je dessine ton sillon passant au ras de ton sphincter impatient, glissant ensuite vers ta grande lèvre, attentif à ne pas m'immiscer – pas encore ! - dans l'humidité de ta vulve. La caresse est fluide et forte, facilitée par le silicone. Je fais le même geste avec ma main gauche, prenant tes fesses, tes cuisses, l'extérieur de tes grandes lèvres, sans jamais toucher ni ton anus, ni ton sexe. Tu t'ouvres, tu t'impatientes, tu te tortilles, la cravache glisse sur tes mollets. Le cuir épais des menottes te retient, pour la forme. Tu es à moi, je veux te le signifier autant que ton cul fièrement offert me hurle  : « tu m'appartiens ! »
Je te caresse, mes mains fermement posées sur ton corps, je te masse, je te tente et effleure si souvent tes lèvres et ton anus, tu n'en peux plus, alors je cesse : je pose ma main à plat sur ton sexe. Je ne bouge plus. Je respire fort, à en trembler, tu devines, évidemment, mon érection.
J'enlève ma main et cette fois, je prends le jouet. Je le fais glisser sur ton périnée, puis je l'immisce à l'orée de ton sexe. Je caresse tes petites lèvres, l'entrée de ton vagin, ton clitoris. Tu écartes les cuisses autant que tu peux. Tu te cambres encore. Je pose mon pouce sur le capuchon de ton clitoris, et, doucement, avec le jouet de plastique, je commence à te pénétrer, caressant de préférence le renflement du corps de ton clitoris, cherchant tes points de plaisir. Je te vois mouiller, je contemple la cyprine qui perle à la lisière de cette intimité. Pour appuyer mon mouvement, je tiens le jouet entre le pouce et l'index. Mon majeur est posé sur ta fesse, mais, doucement, je le fais glisser vers ton sphincter, qui l'accueille avec gourmandise. Je ne rentre pas, je caresse, je masse, je cajole : ton anus, ton clitoris, tes grandes lèvres sous mes doigts, tandis que le jouet entre et sort, entre, et sort. Entre. Et sort. Mon majeur, enfin, s'enfonce dans ton trou, sans aucun effort. C'est une douce caresse intérieure, je n'ai même pas vraiment l'impression de te pénétrer, et je lâche le jouet tandis que mon pouce descend le long de ton périnée pour entrer dans ton vagin. Mon index rejoint mon majeur dans ton cul. Tu soupires de plaisir. De mon autre main, je n'ai pas cessé de jouer avec ton clitoris et tes petites lèvres. Tu n'en peux plus : moi non plus. Tu ruerais presque lorsque mes doigts se touche à l'intérieur, à travers les parois. Tu en veux plus, beaucoup plus, et je n'ai plus envie de jouer. Enfin, je ressors. Tu ne bouges plus, car je ne te touches plus. Je vais enfin te donner ce que tu réclamais.
Mon sexe, dans le tien. Mes mains, sur ton bassin. Avec toute la violence que j'ai contenue dans la douce fermeté de ces caresses : il est temps de lâcher les rênes.

27 oct. 2018

Notre délivrance, enfin

Nu devant la fenêtre, je contemple l'atmosphère glaciale dont me sépare maladroitement l'antique fenêtre de l'appartement. Les masses nuageuses et la brume montant de la Garonne se confondent à perte de vue, noyant les toits et les cheminées. Vous êtes nue. Sur le lit. Agenouillée. Vous regardez… je ne sais. Vous regardez dehors, ou... vous me regardez, moi. Je sens, filtrant entre les battants, le léger courant d'air sur ma peau. Je tire le lourd rideau. Le silence est irréel. Et cette fois, il n'y a plus rien pour nous distraire. Nous sommes hors de tout, pour quelques heures.
Lorsque je m'approche du lit, vous posez vos lèvres sur mon torse. Mon sexe dressé s'appuie entre vos seins. Nous ne disons rien. A peine percevons-nous nos respirations, calmes, mais lourdes d'anticipation. Je regarde, derrière vous, la tapisserie désuète. La tête de lit et ses barreaux dorés discrètement corrodées. Les abats-jour d'un autre siècle. Le profond matelas et les confortables draps parfaitement ordonnés. Nos vêtements abandonnés au sol, témoins de nos premiers contacts. Hors de la ville, hors du temps. Ma main est posée sur vos cheveux, glisse vers votre épaule, parcourt votre dos. Je sens votre langue sur ma peau. Vos lèvres sur mon sein. Vos seins contre ma verge. Votre main, sur ma cuisse.
Et puis, vous vous détournez, faisant face au mur, me laissant admirer votre chevelure, les lignes de votre dos, vos fesses, vos cuisses. En silence, vous vous penchez en avant. Vous appuyez vos épaules sur les draps, vous posez votre tête sur l'oreiller, vos cheveux bruns en galaxie sur les draps blancs. Vous cambrez votre dos. Vous vous ouvrez. Vous vous offrez, magnifique. Nous n'avons toujours pas prononcé un mot, mais je m'avance sur le lit, posant mes mains sur vos hanches. Vous devinez mon pénis à l'orée de vos lèvres. Respirez-vous encore ? Moi, non.
Je m'avance. Mon sexe s'enfonce dans votre sexe. Mes cuisses viennent s'appuyer contre vos cuisses, mon bassin touche maintenant votre bassin. Notre délivrance. Enfin.
Vous expirez, lentement. J'entends votre râle discret. Percevez-vous le mien ?

3 sept. 2018

Je ne dors pas

J'ai cette indélébile image qui danse devant mes paupières fermées. Je suis allongé. Il est tard. Tu n'es pas couchée. Je t'attends, mais je ne dors pas. Je t'attends et je fais semblant de dormir, je fais si bien semblant de dormir qu'en réalité, je rêve peut-être. Qu'en sais-je ? Qu'importe ?
La température de la chambre est idéale. Je n'ai pas froid mais je suis bien sous ma couette. A l'équilibre. Je suis nu. Il fait presque noir dans cette chambre obscure, mais un peu de lumière filtre sous la porte. Juste assez pour distinguer les ombres. Tu entres. J'ai gardé les yeux fermés, je suis détendu, je respire doucement. Je t'entends. Tu refermes la porte, l'obscurité se referme sur mes yeux clos. Je sens le matelas se pencher sous ton poids. Tu marches sur le lit, près de moi. Je sens ton parfum, ou je l'anticipe, je ne sais pas bien. J'entends le silence de tes pas sur la couette. Tu respires si doucement, tu fais attention. Tu ne sais pas si je dors, mais tu l'espères sans doute. Tu voudrais me réveiller. Je ne sais toujours pas si je rêve ou si j'attends en silence. Je sens ton poids autour de moi. Ton pied droit près de mon épaule gauche, ton pied gauche près de mon épaule droite. Je te devine t'appuyer contre le mur, et t'accroupir. Je ne respire plus, j'anticipe, je me tends tout en tentant de ne pas me trahir. J'expire doucement. Je sens, j'entends mon souffle contre ta peau. Contre ton sexe, là, juste au-dessus de ma bouche. Tu ne m'effleures pas. Tu laisses la chaleur de mon souffle glisser sur ton sexe ouvert. Cette fois, j'entends ta respiration. Elle accélère. Tu anticipes. Tu imagines. Ton désir monte. Celui de ma langue se glissant entre tes grandes et tes petites lèvres. Ton envie de ma salive sur ton sexe... Tu imagines ces caresses, la recherche d'abord paisible, puis curieuse, puis avide et finalement frénétique, alternant douceur et voracité. L'exploration de l'entrée de ton vagin. Du capuchon de ton clitoris. De tes lèvres. De ton périnée peut-être. De ton anus. Tu palpites. Moi, j'essaie de n'en rien paraître, mais mon sexe s'est dressé. Je hume, le plus discrètement possible, le parfum de ton sexe, les nuances des fragrances de ta plus secrète intimité. Tu t'ouvres, je le devine. Nous ne nous sommes pas encore touchés. Tu es là. Juste au-dessus de moi. Tu es si excitée, ta respiration te trahit, ton équilibre aussi. Tu oscilles un peu, d'avant en arrière. Tu mouilles. Tu coules. J'ouvre les lèvres, avide. Gourmand. J'attends. Une goutte. Puis une deuxième. Je n'y tiens plus. Mes mains se lèvent et se posent sur tes hanches, je t'amène sur ma bouche en levant mon visage vers ton sexe. Tu fais semblant de fuir, puis tu cèdes aussi, et je te bois, je te fouille, ma langue s'enfonce dans ton vagin tandis que mes mains fébriles te caressent. Tu t'es presque laissée tomber sur moi, je ne respire plus, je ne peux plus, j'essaie juste d'attraper parfois un peu d'air, mais je m'en fous, je te veux, je veux ta cyprine et tes muqueuses, ton souffle et tes râles. Les minutes passent dans notre silence, pas un mot, pas un cri, je ne peux faire de bruit, tandis que toi, oui, tu gémis. Je sens tes lèvres se gonfler encore plus, ton clitoris rebondir sous ma langue, ton vagin se détendre et couler, ton anus s'ouvrir sous mes doigts curieux. Je veux ton orgasme, et tu te tends, en silence parfait cette fois, je sens les contractions venir, de loin, je sens la pression et les battements, la pulsation de ton plaisir, et puis les contractions, finalement, qui éclatent, ta jouissance spastique, mon explosion de bonheur.

13 mai 2018

Ton plaisir, et le mien

Sylvain

Je crois que je bute sur cette notion de consentement. Que cela fait partie de ce qui inhibe depuis des mois une bonne part de notre spontanéité dans notre lit.

J'y suis tellement attentif qu'à la moindre hésitation de ta part, au moindre frémissement de déplaisir, je stoppe. Échouer à te faire du bien est décevant. D'ailleurs… plus le temps passe, plus les expériences se multiplient, plus je comprends que mon plaisir m'importe peu, que seul le tien, ou plus généralement celui de ma ou de mon partenaire, compte. Mon orgasme m'emmerde. Il siffle la fin de la récré. Bien sûr, il est plaisant. Mais il me bloque pour quelques dizaines de minutes. Il n'en vaut pas la peine.

Ton consentement, j'y suis tellement attentif que je ne m'impose pas, jamais. Si je tente une approche, je m'arrête au premier signe, même très vague, de refus. De manque d'envie. Comment faire monter ton désir dans ces conditions ?
Je devrais insister ? Chercher si c'est juste un manque de motivation ? Mais je suis comme tout le monde, je n'ai pas envie d'être repoussé par une personne que j'aime. Et puis non, c'est non.
Je pourrais m'y prendre autrement ? Bien sûr ! Selon mon humeur et la tienne, ce qui nous excitait hier nous laisse froid aujourd'hui, et nous ne sommes pas forcément toujours accordé, à cet égard. C'est normal.

Alors, j'essaie d'être parfait. Être présent malgré le boulot, pour toi, pour les enfants. Gérer au maximum tout ce qui t'emmerde. Jouer des muscles dans des débordements d'énergie autour de notre maison. Rester tendre et attentif, le plus possible. Tout en évitant de t'envahir, en te laissant ton espace, ta liberté, en ne te demandant rien, ou presque. Être le mâle que tu aimeras. Mais régulièrement, je doute. Est-ce celui que tu désireras ?
Alors, lorsque j'ai assez d'énergie, j'essaie plutôt de proposer. De t'amener à te projeter dans quelques heures de sexe. Des jeux. Des plans. Des projets. Cela marche… plus ou moins. Mais cela ne me donne pas l'impression d'être désiré. J'ai beau prendre mon plaisir par le tien, ou celui d'un ou une autre, finalement, je reste un animal primaire : j'ai envie qu'on ait envie de moi. J'ai surtout envie que tu aies envie de moi.

J'ai envie de te faire plaisir. De leur faire plaisir, de la même manière. La seule différence, c'est l'échelle du besoin.
Être la source de votre plaisir, celui qui donne, directement, c'est quelque chose que j'aime, profondément. Vous montrer aussi que j'aime ce que vous me faites, ce que nous faisons ! C'est quelque chose qui me définit viscéralement. Je suis un soignant. Je veux être celui qui fait aller mieux, de quelque manière que ce soit. J'en ai envie, j'en ai même besoin pour m'aimer. C'est mon métier, c'est plus largement l'essence de la (presque) totalité de mon rapport à l'autre. Bien sûr, j'ai des désirs, des fantasmes égoïstes. J'en ai réalisé certains. Ils étaient mieux lorsqu'ils étaient des fantasmes. J'irai plus loin, pour voir. Mais je n'en attends rien.
J'aime donner, mais c'est aussi ma façon de prendre. Ce n'est pas vraiment altruiste.
Je reviens là-dessus : ce besoin de faire du bien est très égoïste. C'est mon moteur de plaisir. Je le fais pour l'autre, oui, mais notamment – pas seulement, enfin je ne crois pas – parce que ça me fait du bien. Ce n'est pas une performance : je ne ressens pas le besoin d'être le meilleur amant, le plus dur, le plus viril, le plus dominant, le plus… même si des fois j'aimerais bien. Non, j'ai besoin de donner du plaisir, plus largement, de faire du bien, et de laisser ce souvenir. Je veux que ce soit ce dont on se rappelle, après moi. Surtout, surtout si c'est toi. La plus importante, toujours. Et de si loin… Tu penses que ce n'est pas égoïste ? Alors pourquoi ne prends-je strictement aucun plaisir à te voir dans les bras d'un autre, à te voir prendre du plaisir grâce à lui, à ce qu'il te fait ? Soyons bien clair : à ce moment là, je suis heureux pour toi, mais cela ne m'excite pas. Et le fait que cela ne m'excite pas m'attriste. C'est comme ça. J'ai appris à contrôler la jalousie (c'était facile, ça le sera tant que ma confiance en toi ne vacillera pas), et la peur surtout (c'est bien plus difficile, puisque ça repose sur ma confiance en moi). Mais de là à éprouver ce plaisir que certains et certaines évoquent parfois ? Ceux qui parlent de l'excitation, de la jouissance de voir leur partenaire prendre son pied – et donner du plaisir – à un ou une autre ? C'est quelque chose que je peux vaguement imaginer, mais, pas éprouver. Je n'y arrive pas. Quand j'essaie de me projeter dans ce plaisir, j'ai l'impression qu'il reposerait sur le pouvoir de te donner. Et… je sais à quel point je ne te possède pas, alors…

Alors quoi ?

Bah.

Je t'aime.

J'ai envie de te faire l'amour.

J'ai envie, aussi, parfois, de voir si je pourrais donner quelque chose à d'autres. Mais sans livrer la moindre parcelle de moi-même, ai-je une chance d'y parvenir ?


*************

Éloïse

Je crois que je suis pareil que toi : mon plaisir passe par celui que je donne à l'autre… c'est vraiment ce qui me fait le plus monter… alors, que faire ?
Je suis tellement mal en ce moment, je n'ai envie de rien, mis à part peut-être cette nouvelle rencontre, mais c'est juste l'attrait de la nouveauté, ce besoin permanent de voir si l'herbe est plus verte ailleurs, cette tendance à me blaser de ce que j'ai et de m'en lasser… Au final, tu es mon seul amant régulier, le seul qui arrive encore à se renouveler pour combler mes caprices. Mais jusqu'où je vais t'emmener ainsi ? J'ai aussi peur de me lasser, définitivement je veux dire, car je ne me leurre pas, mes baisses de libido sont aussi le signe d'une lassitude, heureusement temporaire. Car si je me lasse, qu'allons nous devenir ? Certes nous nous entendons à merveille, et le sexe n'est pas le seul fondement d'un couple, mais sans lui, n'allons nous pas devenir un couple de meilleurs amis ? Est-ce que le sexe différencie l'amour de l'amitié ?
Voici un peu le marasme dans lequel je me trouve en ce moment, et çà me déprime.. Je suis dans un sale cercle vicieux, j'essaie de m'en sortir, merci de ta patience te de tous ces efforts que tu fais au quotidien pour m'aider, pour être un homme parfait (j'essaie de ne pas trop culpabiliser, promis).
Je t'aime.

11 avr. 2018

Stop ou encore ?

Tout arrêter, ou continuer, mais sans plus rien dire, ou presque ?
Je suis d'accord avec toi : forte est la tentation de ces solutions. De leur élégante simplicité.



Hier, tu m'as simplement dit que tu avais déjeuné avec un homme, que tu feras certainement plus avec lui d'ici peu. Je savais que vous discutiez, je savais que vous y iriez. Mais voilà, à cet instant là, quand tu m'as dit ça, j'étais ailleurs. J'étais paisible, dans cette tranquillité d'esprit conférée par la nuit de folie que nous venions de passer ensemble, par le fait que nous étions juste tous les deux, par la tranquille distance de ta prochaine sortie.
J'ai de nouveau très mal vécu cette déstabilisation. Je me suis levé, je suis allé à la douche, et j'ai essayé de comprendre pourquoi j'étais mal.
De la jalousie ? Non. Toujours pas.
Une peur d'être remplacé ? Non plus.
Une remise en question du plaisir que nous prenons ensemble ? Non.

Alors quoi ?
Je ne sais pas vraiment.
D'abord, l'incertitude, toujours, pour chacune de tes nouvelles aventures. Je n'aime pas cette incertitude, même si je ne sais pas vraiment quel est son moteur, ce qu'elle implique réellement. Pourquoi elle me fait souffrir.
La tristesse, ensuite, de ne pas te suffire. Je sais que je ne peux pas être un autre amant que… moi-même. Ni une autre personne, en fait. Je suis moi-même, et les rares fois où j'ai essayé d'être quelqu'un d'autre, j'ai tout simplement été nul (mes excuses à celles auxquelles j'ai fait perdre leur temps en DM). Je comprends très bien que d'autres amant(e)s, d'autres personnes t'apporteront, à toi, quelque chose de différent, et je sais ce que cela nous apporte, pour nous. Tu vas mieux, tu apprends à déconstruire toutes ces saloperies inculquées dans ta tête depuis des décennies, qui t'intoxiquent et t'empêchent de profiter de la vie. Tu apprends à connaître ton corps, aussi, parce qu'ils et elles t'amènent sur d'autres chemins. Nous explorons aussi les nôtres, nous en découvrons de nouveaux, et j'ai appris à accepter que je ne peux pas tous les défricher pour et avec toi. Ça me va. Je sais que je t'aime, je sais que tu m'aimes, et que nos mains ne se quittent pas.
Alors quoi ?
Oui, j'aimerais te suffire. Oui, je sais que ce n'est ni possible, ni même sans doute souhaitable.
Mais moi ? Finalement, quel est mon problème ?
Je vois bien le poids des idées préconçues que la société m'a et que je me suis imposées. Je suis un romantique (ne rigole pas). Je veux être, oui, l'amoureux et l'amant idéal, celui qui te rendra heureuse. Et je suis triste de ne pas y arriver, même si je sais que ce n'est pas possible. Même si je sais que c'est à toi de trouver ton chemin vers le bonheur, que nous ne pouvons que t'y aider. J'ai beau savoir tout ça, cela ne chasse pas la tristesse.
Mais surtout, égoïstement, je suis triste de ne pas avoir besoin de plus. Triste de ne pas avoir plus d'envies, plus de désirs. Contrairement à toi. Tu me suffis, je le sais. Je suis heureux de passer du temps avec une autre, j'aimerais en passer avec un autre. J'ai des éclairs de désir animal qui me traversent parfois, des fantasmes « sales » – et parfaitement réalisables. Mais je ne me sentirais pas vraiment frustré de ne pas les réaliser. Je vois aussi la différence de désir – pour toi ou pour une autre. Je peux ronronner de plaisir et de fierté (on ne se refait pas) avec elle, être heureux de lui donner quelque chose d'un petit peu unique, mais je ne suis pas sûr de ce que j'en retire… Alors je me dis qu'il faut que j'explore d'autres chemins, avec elle ou d'autres, mais j'ai l'impression d'être un imposteur. Parce que je n'en ressens pas le besoin. Je ne suis pas frustré.
Il faudrait sans doute que j'accepte de perdre le contrôle, ou que quelqu'un arrive à me le faire perdre. Ce n'est pas gagné.

Bref.
Je te disais que ces solutions, tout arrêter ou ne presque plus rien dire, n'en sont pas.
Tout arrêter, je n'en ai pas envie. L'ouverture de notre couple nous a beaucoup apporté, à toi, à moi, à nous. Ça ne s'est pas fait sans heurt ni blessure. Nous avons fait des erreurs. Mais nous avons appris. Nous avons encore à apprendre. Je n'en ai pas envie, parce que tu aimes ça, parce que cela t'aide, parce que nous nous amusons bien – et n'est-ce pas le plus important ? Je ne veux pas te priver de ça.
Ne plus rien dire ? Tu sais aussi bien que moi que nous ne le supporterions pas. Ni toi, ni moi.
Et on n'a rien sans rien, comme on dit. Tout ce que l'ouverture nous a apporté, nous apporte et nous apportera… cela vaut largement ce que cela nous coûte. Car même ce que cela nous coûte nous apprend qui nous sommes.

Alors ? Nous allons continuer.

Je continuerai à te dire mes angoisses, mon irrationalité. Tu ne pourras probablement pas m'aider, mais je n'en ai pas vraiment besoin, j'ai juste besoin de savoir que je peux te le dire, au risque de t'énerver, de te frustrer, de te culpabiliser (même si ça me fait, moi, beaucoup culpabiliser – je n'arrive décidément pas à être l'homme parfait). J'ai besoin de savoir que tu vas m'écouter, que je vais pouvoir poser ces mots, qu'ils seront entendus.
Tout comme j'ai besoin de savoir que si quelque chose ne va pas, tu m'en parleras.

Je t'aime. Et ces mots là n'ont sans doute jamais eu autant de sens qu'aujourd'hui. Savoir que cet amour continuera à devenir plus riche, plus porteur de nuances et de significations, plus lourd de désirs aussi : c'est ce qui me confirme que nous sommes sur le bon chemin.

11 fév. 2018

Message reçu

Éloïse m’a envoyé ce message, comme ça, un jour. Depuis, je le lis dès que j’ai un coup de blues, je le chéris et le savoure. Mon amour.

“Comme une envie de t'écrire.

Tu es là devant moi et j'ai envie de te dire combien je t'aime mais je ne sais pas si je vais trouver les mots. Je te l'ai déjà dit mais : merci d'être resté pendant la tempête de la mort de mon père, merci d'avoir débloqué la situation par la naissance de notre accord, merci de m'avoir encouragée, conseillée, soutenue, consolée pendant ma révolution sexuelle. Je sais qu'elle est en train de se calmer, que j'ai trouvé un équilibre mental, que mes utopies sont tombées, que j'accepte doucement la réalité. Je sais aussi que je vais continuer à rencontrer les derniers hommes que j'ai ramenés sous mon bras en quittant Twitter (il en reste 2 je crois, sans compter le rendez-vous déjà fixé), je ne sais pas si je vais entretenir des relations avec tous ceux déjà rencontrés, je suis comme ça, je suis volage. On verra bien, certains me plaisent beaucoup mais je ne veux pas t'inquiéter en les revoyant. Je ne veux pas que tu penses que je préfères le sexe avec eux, c'est juste différent. J'aime ce que notre couple est devenu, j'aime ce dialogue, cette ouverture, cette confiance.

Tu as su me rassurer finalement, tu as su tenir bon dans ma tourmente émotionnelle, ma jalousie maladive et mon délire paranoïaque. Tu m'as fait confiance, tu savais avant moi que ça serait passager, que je rebondirai comme je rebondis toujours, tout en ressortant grandie de ces échecs ou difficultés. Je ne m'aime pas encore assez pour être capable de me suffire à moi même, mais je m'aime plus qu'avant et c'est grâce à toi. Toi qui m'aimes malgré mes défauts, toi qui m'aimes grâce à mes défauts, toi qui me vois déjà comme celle que je voudrais être alors que j'ai l'impression d'en être tellement éloignée.

Je t'écris ces mots comme ils me viennent, je relis à peine, je n'ai pas de structure, en DM c'est pas facile de se relire et de construire un texte clair quand on a que 3 lignes d'affichées ! Mais mon écriture est comme moi : impulsive, directe et parfois répétitive. Je ne crois pas encore avoir trouvé les mots juste mais je tenais à te dire ceux là : Tu es mon pilier, mon soutien, mon phare dans la nuit, mon oxygène. Tu m'accompagnes vers mon autonomie émotionnelle de façon bienveillante, tu sais calmer mes angoisses, tu veux vieillir avec moi, tu es tout ce que j'ai toujours recherché chez un homme. J'en ai de la chance. Et quand je te regarde dans les yeux, j'ai envie de t'embrasser, et quand tu passes près de moi j'ai envie de t'enlacer. Tu as su entretenir la flamme de notre désir quand je n'y croyais plus, tu as su saisir le train en route quand à mon tour j'ai décidé de remettre notre sexualité sur les rails. Alors, encore une fois : merci d'être là et d'être ce que tu es.

Tu me dis que je te fais évolué et réfléchir en permanence, qu'avec moi tu ne t'ennuieras jamais, mais c'est moi qui te remercie de m'accepter voir même de m'apprécier telle que je suis et de me montrer que je suis “bonne à aimer” (je voulais écrire “aimable” mais le double sens ne me va pas).

JE T'AIMEEEEEEEEEEEE.”

12 oct. 2017

Sixième lettre

J'ai écrit cette lettre le 12 octobre 2017, après les rencontres et les tempêtes estivales. On le sent, que j'essaie de me convaincre ?

Des mois ont passé. Nous avons traversé beaucoup de choses, Éloïse. Nous avons fait beaucoup de rencontres. Ensemble ou séparément, à deux, à trois, à quatre, ou plus, faut-il compter ? Tant d'expériences en si peu de temps, tant de rencontres.
Vois-tu ce qu'elles nous ont apportés ?
Des questions, nombreuses. Des réflexions, plus encore. Des réponses ? Quelques unes. Nous avons offerts nos corps comme ils et elles nous ont offerts les leurs, nous pensions simplement… nous amuser, même si nous savions que ce serait plus que cela, que cette exploration ne se résumerait pas à des caresses, du plaisir et des soupirs. Nous nous sommes mis en danger, et nous avons contrôlé. Nous avons essayé de ne blesser personne, nous n'y sommes pas toujours arrivé. Mais…
Tu me demandes ce que je cherches, alors que tu prépares ta prochaine rencontre et que moi, de mon côté, je ne suis pas très sûr de vouloir « y » aller. Mais nous savons aussi bien que l'autre que ce ne peut être un chemin solitaire. Un couple ne peut pas être à moitié libre, pour quelque raison que ce soit. Je ne supporterai de toute façon pas que tu ailles à l'aventure en me sentant enfermé, de mon côté. Et toi encore moins. Tu sais que la culpabilité te rongerait, même si c'est injustifié. Tu ne me le demandes d'ailleurs pas du tout, et au contraire, tu espères que je fasse... comme toi.
Comme toi ?
Sauf que ni toi ni moi ne savons exactement ce que tu fais. Et vice-versa. Tu veux explorer, rencontrer, mieux connaître ton corps et ton plaisir. Certainement. Et d'autres choses aussi, que je ne sais pas bien saisir.
Et moi ?
Moi, je crois que je veux en savoir plus… sur moi ? Sans doute pas. Je crois être bêtement auto-satisfait de ce que je sais de moi, même si j'ai pu rire, un peu comme un enfant émerveillé, lorsque j'ai découvert certaines particularités de mon désir, cet été.
Bref, oui, je vais repartir à la rencontre d'autres femmes, et peut-être d'autres hommes, aussi. Pour le plaisir de les connaître, certainement, parce qu'elles et ils en valent la peine. Oui. Mais s'il n'y avait que ça, cela ne suffirait pas.
Je ne vais pas repartir juste pour toi. Juste parce que tu souhaites cet équilibre autant que moi.
Je vais plutôt repartir... pour toi.
Parce que sur ces dernières années, je n'ai peut-être jamais autant appris de toi que depuis que nous avons décidé d'ouvrir notre couple. Mieux : nous avons appris de nous. Moi de toi, moi de nous, moi de moi, aussi. Toi de toi, peut-être, toi de moi, c'est certain, toi de nous, aussi. Je vais repartir, ouvert et sincère, vers d'autres personnes, pas pour te chercher en elles – ce serait stupide, et insultant pour elles – mais pour les connaître, au sens le plus vrai de la rencontre, pour les connaître et, par ricochet, nous enrichir.
Ce ne sera pas par désir. Vraiment pas. Pas au début, en tout cas. Là, tout de suite, je te désire, toi. Je t'aime.
Par curiosité, oui, il y en a.
Pour rassurer mon ego ? Non, je ne crois pas. Un peu quand même.
Pour rassurer le tien ? Oui, pourquoi pas ? Parce que ces rencontres seront exceptionnelles. Elles secoueront mon cœur et mon corps, elles feront bouger les lignes en m'apprendront, que je le veuille ou pas, beaucoup de choses sur moi. Sur toi. Sur nous. Et je sais ce ce sera beau. Parce que ces rencontres, parce que ces personnes seront belles.
Il n'y a qu'une chose que je ne me figure pas : qu'auront-elles à y gagner, pourquoi voudraient-elles me rencontrer ?
Et toi, imagines-tu ce que tu peux y gagner ?

Je t'aime.

5 août 2017

Cinquième lettre

Je republie ceci le 5 septembre 2018. Lorsque je me relis, je me dis que je devais être très, très fatigué quand j'ai écrit ceci. Je me retrouve dans cet état pendant toutes mes périodes d'épuisement professionnel. Vu d'aujourd'hui, en sachant ce qui va suivre, je me rends compte à quel point ce parcours est compliqué.

Tu vois, Éloïse, plus les jours passent, plus je me vois renâcler.
Je sais, je suis fatigué. Épuisé, même.
Je sais, mon boulot me laisse peu de répit. Trop de drames où je suis trop impliqué.
J'ai besoin de léger, mais je n'arrive pas à me concentrer sur le léger.
J'ai tendance, certainement, à trop creuser, à remarquer les problèmes potentiels, à minimiser ce qui va bien pour me complaire dans ce qui pourrait aller mal. Je le sais, et du coup, j'essaie de ne pas m'y attarder : pourquoi tenir compte de ce qui n'est que le fruit de ma fatigue ?
Parce que si par miracle j'arrivais à esquiver ce mal-être – il suffit de se concentrer un peu pour se mentir – je sais que je me le reprendrais dans les yeux au moindre instant d'inattention. Et l'inattention vient vite, avec l'épuisement.
Alors, non : affronter. Comprendre mes freins pour mieux les lever, sans les nier.
Tu es belle. Tu es charmante, et tu le découvres grâce à ceux dont tu as su, avec talent et spontanéité, t'entourer. Tu es belle dans le regard des autres, et j'aime que tu le découvres, que tu apprennes ce que tu vaux.
Tu t'es trop longtemps enterrée.
Il me faut m'ajuster. Si tu changes, nous changeons, donc... je dois changer. C'est une sacrée sortie de zone de confort. Il y a beaucoup de choses que je peux et veux faire pour toi. Nous en parlons, entre nous et avec ceux qui avant nous ont pris ces chemins, ou ceux qui leurs ressemblent. Nommer mes peurs, c'est déjà un moyen de souligner leur vacuité. Toi, tu ne parles presque pas des tiennes. Cela te donne une telle aura d'invincibilité !
Une à une, cependant, je les entends, je les comprends, je les dissèque avec l'aide directe ou bien involontaire de ceux qui nous lisent. Merci à vous, vraiment. J'en découvre de nouvelles, enfouies en-dessous. Je les poursuis, je sais qu'elles ne sont que des ombres, je les chasse pour ne pas qu'elles me chassent. Je les regarde et je les admire, aussi : elles sont le fruit de notre amour tout autant que de mon histoire. Je ne crois pas pouvoir aimer sans craindre la perte de l'amour. C'est un tel vertige…
Mais je comprends maintenant que chasser mes peurs et accepter ces angoisses ne suffira pas à m'empêcher de renâcler : je ne peux pas aller vers ces rencontres pour toi. Il faut aussi que j'y aille pour moi. De toute façon, je n'accepterais pas de me livrer aux bras et aux lèvres d'un amant ou d'une amante pour toi. Ce n'est pas ce que tu me demandes, pas plus que ce que je ne pourrais me demander. C'est une telle évidence. Auquel cas, ce doit être pour elle ou lui, et (ou... puis ?) pour moi. En accord avec nous.
Une évidence, oui, que je ne devrais pas avoir eu le besoin d'énoncer. Je crois cependant que je l'avais oubliée. Pas de recul, trop de fatigue sans doute.

Je t'aime.

28 juil. 2017

Je t'aime

Je t'aime.

Tu m'as demandé pourquoi. Je t'ai répondu : « je ne sais pas, il faudrait que j'y réfléchisse ». Tu m'as précisé que je t'avais déjà plusieurs fois répondu cela.

Ce n'est pas une question facile. Oui, tu es belle, tu es intelligente. Tu es sexy, râleuse parfois, drôle souvent. Tendre. Mais il y a tant de femmes et d'hommes qui sont beaux, intelligents et drôles.

Je ne t'aime pas comme je t'aimais il y a treize ans. Quand je n'avais pas vingt-cinq ans. J'ai aimé ton sourire, ton corps, ton intelligence. J'ai aimé que tu me regardes et t'intéresses à moi. Et puis ? C'est tout. Enfin non : il y a aussi eu cet invraisemblable déferlement d'hormones qui a commencé par une bataille d'oreillers et s'est terminé avec nos deux corps glissants de sueur, ces étreintes dans les draps emmêlés, épuisantes, magnifiques, épiphaniques.

Je ne t'aime pas non plus seulement comme je t'aimais il y a dix ans. Dans cette triste période. La mort, le deuil, la solitude de ton cœur refermé, ma patiente obstination butée, notre accord malgré tout, cette harmonie calme et silencieuse. Nous n'avions pas trente ans, nous venions de nous marier, j'avais foi en toi, en moi, en nous surtout : l'avenir ne m'intéressait pas, chaque jour venait après le suivant, et chaque jour je t'aimais, sans y réfléchir, sans rien analyser. Je nous vivais. Je sentais que note relation était… juste. Oui, tu étais toujours belle, tu étais toujours drôle, et intelligente. Brillante. Tu ne t'en rendais pas compte, bien sûr, toi qui m'a expliqué, pour ne plus souffrir de la perte, avoir décidé de ne plus aimer. Ni moi ni personne. Ni toi-même, d'ailleurs. Je ne t'ai pas cru. J'ai attendu.

Je t'aime comme il y a treize ans, mais aussi : je t'aime comme il y a dix ans, et comme il y a cinq ans. Ou comme l'année dernière. Je t'aime parce que tu évolues et me surprends. J'adore les surprises. Tu n'es pas l’Éloïse d'il y a treize ans, ni celle d'il y a dix ans et encore moins de l'année dernière, mais la somme et la décantation de toutes ces années comme de celles qui les ont précédées. Nous nous sommes façonnés l'un l'autre et malgré tout nous arrivons à nous surprendre, comme lorsque tu as décidé d'explorer ta sexualité. Imaginais-tu cela il n'y a ne serait-ce que deux ans ? Je ne crois pas. Moi non plus. A bientôt quarante ans, que puis-je espérer de mieux qu'une femme qui chaque année devient plus belle et plus désirable, qui décide de ne pas stagner et avance d'elle-même sur des chemins que jamais je n'aurais imaginé fréquenter, qui fait confiance, réussit et se plante, sait s'appuyer sur les bonnes personnes et repart.

Je t'aime parce que nous savons nous écouter, nous attendre et nous entendre. J'ai parlé d'harmonie. Combien de fois nous sommes-nous engueulés ? Je ne m'en rappelle d'aucune. Et pourtant… les enfants, la fatigue, la jalousie, nous avons autant de raisons que d'autres de nous en remettre à la colère. Certains disent qu'une vie sans colère, c'est une vie sans passion. Je ne crois pas que nous vivions sans colère, mais je sais que nous l'utilisons, la contrôlons et la dépassons, parce que la confiance que nous nous portons nous permet de tout dire, tout assumer, parce que nous nous respectons, parce que nous faisons attention. A nous, à l'autre.

Je t'aime aussi parce que je me trouve beau dans tes yeux, parce que tu aimes te voir belle dans les miens. Pour le désir et la joie de se savoir aimé.

Je t'aime parce que tu m'impressionnes, parce que moi la grande gueule, sûre d'elle et accumulant les succès, j'ose à peine te suivre dans les chemins que tu choisis d'arpenter. Parce que tu sais faire confiance et te donner sans pour autant t'oublier, même quand de plus expérimentés que toi ont cherché à t'engluer.

Je t'aime pour tout cela, pour le toi d'il y a treize ans, pour le toi d'il y a dix et celui d'hier, et tous ceux entre eux. Parce que je suis heureux près de toi, parce que je sais qu'avec toi je n'arrive et n'arriverai pas à m'ennuyer. Parce que pour des raisons que j'ignore nous partageons cette harmonie, parce que nous avons autant d'accords que de désaccords que nous transformons en une partition que nous jouons pour nous et personne d'autre, sinon nos filles. Je t'aimais, je t'aime, je t'aimerai.

Je t'aime pour l'évidence que je ne rappelle jamais assez : tu es une belle personne.

Je t'aime parce que nous nous sommes transformés sans nous dénaturer.

Je t'aime parce que je sais que de beaux moments nous attendent, des moments dont je ne sais rien, que nous vivrons ensemble. Mais nulle impatience : demain sera aussi beau qu'hier ou aujourd'hui, avec toi, mon amour. On n'aime pas à vingt ans comme on aime à quarante ans, et sans doute pas comme à soixante. Chaque chose en son temps.

15 mai 2017

Troisième lettre

Lettre écrite le 15 mai 2017.
Avec le recul, je vois que nous n'étions qu'au seuil des bouleversements de notre couple. Lorsque j'écris ça aujourd'hui, le 25 aout 2018, je me dis aussi qu'il sera intéressant de regarder à nouveau en arrière dans un an... Que va-t-il encore nous arriver ? Nous, notre couple, avait, à cette date, traversé une de nos pires épreuves. Il y en aura une autre, au moins, dont je ne parlerai pas plus que la première. C'est notre histoire, trop intime pour l'écrire ici, et de plus elle concerne d'autres personnes... Je crois que si je racontais tout ça à quelqu'un, il se demanderait sans doute, comme moi aujourd'hui, comment nous avons, en tant que couple, survécu à tout ça. J'ai la réponse : je t'aime, tu m'aimes, et nous nous parlons de tout, avec une honnêteté viscérale. Même et surtout quand c'est difficile.
J'aime aussi lire les questions que je me posais sur ma plus grande angoisse à l'époque, l'avenir de notre sexualité si tu plongeais dans l'univers BDSM. Aujourd'hui ces questions sont résolues, mais c'est une autre histoire.

Un mois et demi déjà. Et quand je fais le compte de tout ce qui s'est passé depuis, j'ai l'impression que des années se sont écoulées. C'est vertigineux.

Nous avons fait l'amour à quatre. J'ai vu un autre homme te caresser, te pénétrer, t'emmener à sa façon vers des endroits où nous allions ensemble, sans qu'il s'agisse exactement du même endroit… devant moi, tandis que je faisais de même avec sa compagne. Trois nuits. Tu as invité un couple à nous rejoindre, chez nous. Un couple dont je n'avais jamais entendu parlé et dont je ne savais rien, mais auquel tu faisais confiance suite à vos nombreuses conversations sur Twitter. Ils sont venus, j'ai, nous avons eu envie de nous quatre, nous avons testé… beaucoup de possibilités. Pas juste lui et toi et elle et moi. J'en garde un souvenir étonné. Presque tendre, maintenant, alors que ce n'est pas du tout ce que ces ébats sembleraient devoir susciter. C'était bien. C'était bizarre. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de recommencer. Je ne suis pas sûr de ne pas avoir envie de recommencer. Mais je suis heureux en y pensant.

Nous avons vécu des épreuves dont il est sans doute trop tôt pour parler.

Nous avons rompu notre contrat, nous avons parlé de la façon dont nous l'avions utilisé. Nous avons posé des mots concrets sur des situations hypothétiques. Tu as été secouée, j'ai été ébranlé. Nous en avons encore parlé, et nous avons digéré, accepté ce que, finalement, nous savions déjà – même si nous nous ménagions un espace de doute.

Je t'aime.

Je n'ai plus vraiment peur, ou en tout cas plus de tout ce qui m'affolait lorsque j'ai commencé à écrire ces billets. Plus tout à fait, même si des angoisses persistent.

J'ai fini par accepter cette angoisse de te perdre, de ne pas être à la hauteur, en les noyant dans la confiance que je te porte. Cela ne m'empêche et ne m'empêchera pas d'avoir quelques suées lorsque tu seras loin. Je l'accepte comme la manifestation naturelle du besoin que j'ai de toi, de l'amour que je te porte et ma peur viscérale de te perdre. J'accepte ces suées car elles ne m'empêchent pas de t'aimer et d'être heureux. Elles me rassurent, quand tu ne peux pas me rassurer.

J'ai besoin que tu fasses attention à moi comme j'essaie de faire attention à toi, comme j'essaie de ne pas te blesser, de ne pas te faire peur, de trouver les mots et les gestes qui exprimeront sans ambiguïté mon attachement et l'amour que je te porte. Nous n'avons pas pour autant abandonné notre contrat. Il doit rester notre espace de liberté, notre espace de possibilités. Celle, notamment, de pouvoir faire l'amour avec d'autres, sans contrôle ni jugement. Nous savons simplement qu'il sera plus dur de nous mentir en imaginant ce que l'autre, peut-être, est en train de faire. Je crois que nous serons assez forts et assez attentifs pour cela.

Je t'aime.

Je veux continuer à te suivre, à explorer, à comprendre ces chemins que tu veux parcourir sans savoir où ils te mèneront mais dont tu espères tant, sans pour autant me renier ou me changer plus que je ne le souhaite. Soumission, domination, douleur, est-ce vraiment un chemin que je peux, que je veux, parcourir ? Je ne le sais pas vraiment encore. J'ai l'impression que non. Pourtant, nous y avons déjà un peu joué. J'en ai déjà eu envie. De te prendre violemment, de te bousculer, de te mordre, te griffer, te pincer, te faire saigner, hoqueter. Tu l'as senti, tu l'as aimé, lorsque c'était spontané… et pas trop maladroit. Quelquefois, je crois que c'était juste comme il fallait. Quelquefois. Et puis, je sais à quel point j'aime quand tu aimes ce que je te fais. A quel point je me sens bien lorsque tu te perds dans le plaisir. Alors, si cela peut être un nouveau chemin, pourquoi le négliger ? Nous savons tous les deux qu'un lien dominant/dominé ne nous est pas adapté (jusqu’à ce que nous changions d’avis ?). Ce n'est pas notre couple, pas notre relation, c'est donc naturellement quelque chose que nous irons chercher ailleurs. Ensemble, ou pas. Pour explorer ces voies de plaisir, y apprendre à nous connaître pour, par nos propres chemins, nous y retrouver.

Voilà ce que j'ai appris de ces deux derniers mois : tu n'as jamais eu tort. Tu explores pour nous, avec moi ou sans moi, de nouvelles façon de vivre ta, mais aussi notre sexualité, enrichissant par là-même nos possibilités de nous aimer. Au sens physique, évidemment, mais, curieusement, aux sens émotionnel et intellectuel également. Tu me l'as dit : je te montre bien plus qu'avant à quel point je t'aime. A quel point tu comptes pour moi. A quel point je te trouve belle.

Parce que j'avais besoin de me rassurer et surtout, de te rassurer ? De te démontrer mon amour ? De… « marquer mon territoire » ? Oui, évidemment. Mais plus fondamentalement, tu m'as surtout amené à nous réfléchir autrement, et à nouveau. Et sans avoir à me forcer – tu sais à quel point les gestes « câlins » ne me sont pas naturels – sans même, en réalité, le demander, tu m'as rapproché. Tu m'as amené à exprimer, par les mots et les gestes, ces évidences qu'on finit par oublier à force de ne pas les rappeler.

Je t'aime.

J'aime ta voix, gourmande ou épuisée, j'aime tes cheveux en vrac et tes regards incrédules, j'aime tes seins, tes mamelons qui se dressent sous l'effleurement de mes doigts, ton bassin qui se cambre et se tord sous mon souffle en appelant ma langue, j'aime ton sourire triste et fragile quand tu es fatiguée, j'aime tes colères et ton exaspération quand nos enfants nous mènent par le bout du nez, j'aime ton souffle tranquille contre mon bras quand tu t'endors, j'aime entendre ceux dont tu t'occupes au boulot me vanter tes succès, j'aime savoir que tu suis les chemins qui t'attirent, j'aime tout ce que tu nous apportes, toute la richesse de ce que tu construis pour nous depuis plus de dix ans sans que, la plupart du temps, ni toi ni moi ne nous en rendions réellement compte…

Je t'aime.

29 mar. 2017

Deuxième lettre

Deux jours plus tard, le 29 mars 2017, je prenais à nouveau le clavier pour t'écrire, Éloïse. Entre ces deux jours, pour autant que je me souvienne : des échanges de mails, de messages privés sur Twitter, un besoin dévorant de comprendre ce qui nous arrivait, entre terreur, excitation et incrédulité. Et très vite, une nécessité : prendre du recul pour analyser. Mais est-ce possible quand tout va si vite ? Et surtout : comment gérer quand on sait que tout va changer ?

Voilà ce que c’est que de parler. Twitter, tumblr. Des bouquins, des blogs, des conseils, ou des avis. Des témoignages. Dans tous les sens. J’en suis avide car je veux me rassurer, mais déjà, je sature. Nous n'arrêtons plus. J'en ai besoin. Et toi aussi, je crois. J'apprivoise la chaleur dans mon ventre, j'alimente ma raison. Ceci étant, je crois qu'il va falloir que nous nous posions. On me dit, on te dit que notre contrat est bancal. Qu'il ne peut pas tenir, qu'il ne peut fonctionner que si nos papillonnages ne dérangent pas nos emplois du temps. Mais… c'est bien de cela qu'il s'agit, aujourd'hui, et depuis dix ans environ. Et finalement, pour ce que nous en savons, il est peut-être resté très virtuel dans sa réalisation, ce contrat : tu ne sais pas si j'ai fait quelque chose, je ne sais pas si tu en as profité. Mais nous avons cette liberté. Nous savons qu'elle existe, et que nous lui avons posé des limites. Dans une certaine mesure, il nous évite la jalousie, toute tentation de compétition, et il nous permet de nous explorer chacun de notre côté.

Je n'ai aucune idée de ce qu'il en sera demain. De toute façon, je ne me fais pas d'illusion : nous avons deux enfants en bas âge, deux métiers qui nous prennent beaucoup de temps, et nous habitons dans un village, assez loin d'une ville digne de ce nom… Les occasions « crédibles » dans le cadre d'un mensonge par omission – notre idée est d'accepter, de bonne grâce, d'être des dupes – sont rares. Et ni toi ni moi ne savons vraiment où nous allons, ni à quelle vitesse. Nous ne nous fermons pas vraiment de porte. Sachons juste prendre notre temps. Cela fait treize ans que nous apprenons à nous aimer. Continuons.

Nous avons bouleversé nos vies en nous installant ici. En nous mariant. En restant ensemble. En choisissant nos « options » professionnelles. Plus important, en ayant nos enfants. Tous ces choix nous ont obligé à changer notre façon de nous aimer. Toux ces choix nous ont bousculés, nous ont modifiés. Ce fut parfois… compliqué. Tu te rappelles de ces mois, de ces années après notre mariage. Nous en avons parlé. Je ne regrette rien, au contraire. Le temps a passé, et nous voyons bien que nous avons fait le bon choix. Je t'aime. Tu m'aimes. Je te désire. Tu me désires. De plus en plus chaque jour, de plus en plus chaque année. Mais ces choix précédents, nous les avons fait sans y réfléchir, parce qu'ils étaient évidents. Nous les avons fait, puis nous en avons mesuré les conséquences. Même ce contrat, finalement, vécu comme une « clause de liberté » pour notre couple. Il ne suffira plus, il ne sera plus adapté ? Le temps que nous avons passé sur World of Warcraft non plus n'est plus adapté à notre vie d'aujourd'hui. Regrettons-nous le temps et l'énergie que nous y avons consacré ? Y avons-nous perdu quelque chose ? Et, finalement, avons nous choisi brusquement d'arrêter ? Pas vraiment. Les choses se sont faites naturellement.

Je crois qu'il ne s'agit que de ça : ces choses viennent naturellement.

Je suis curieux de voir ce que la vie nous réserve. Qui serons-nous, que ferons-nous dans dix ans, Éloïse ? Je n'ai pas envie de le savoir aujourd'hui, je ne suis pas impatient. Ce sera certainement très beau à voir. Tu imagines ? Nos enfants seront adolescents. Nous verrons bien. De toute façon, on s'en fout : nous y allons ensemble. Alors, à quoi donc serviraient des projets ? Écoutons ce que tous ceux qui nous ont précédé sur ces chemins peu conventionnels de l'amour ont à dire. Après tout, ces questions que nous nous posons, nous ne sommes vraiment pas les seuls, ni les premiers, à les aborder. Et il y a certainement plein de gens plus malins, plus audacieux, plus réfléchis ou plus inconscients que nous qui s'y sont frottés. Ils ont plein de choses à nous apprendre. Par contre, tu sais mon horreur des étiquettes. Je n'ai pas envie de savoir comment s'appelle ce que nous faisons, et savoir que notre contrat sera intenable sur le long terme ne m'intéresse pas beaucoup. Car cela me paraît évident. Nous trouverons une autre solution, un autre pacte. Ce seront d'abord des ajustements, des petites trahisons – nous avons déjà commencé. Tu l'as dit toi-même :

« Je crois que savoir que tu es avec un autre homme ne me dérangerait pas ».

Tu sais qu'il en est de même pour toi avec une autre femme, et même avec un autre couple. Je revis avec délice ce moment où tu m'en as parlé. C'est idiot, au fond, mais c'est comme ça. Notre pacte, notre contrat, c'est un cadre, des barrières, des gardes-fou. Tu as parfaitement su quand et dans quelles limites sortir du cadre. Il n'est, finalement, qu'une formalisation d'un simple « fais attention ». Fais attention à toi, fais attention à moi.

Je t'aime. Tu vois, tout ceci nous bouscule tellement que ces trois mots reprennent tout leur sens : je ne te dis pas simplement « je t'aime » comme je te dirais « bonjour ». Ancré dans mon bide, il y a cet amour, et cette boule de chaleur où se concentrent mes angoisses. Juste au même endroit.

27 mar. 2017

Premiers mots

Le 27 mars 2017, je lui ai écrit cette lettre. A elle, mais aussi pour moi. Et puis je me suis dit que d'autres pourraient y trouver leur compte : j'ai moi-même cherché de l'aide pour comprendre ce qui nous arrivait, on m'a tendu la main, on m'a écouté, j'ai découvert que toutes ces nouveautés n'en étaient pas du tout pour beaucoup et que ce qui n'était "pas normal" ne l'était que d'un certain point de vue. C'est un début pour ce chapitre de notre histoire...

Nous sommes en couple. Depuis treize ans. Mariés, deux enfants. Une situation professionnelle réussie, des amis, des loisirs à côté, sociaux, ou solitaires. Une vie sexuelle en couple riche et, comment dire… intéressante et satisfaisante. Aucun des deux mots ne me plaît, mais tu vois l'idée. Des fantasmes plein la tête, des souvenirs à chérir aussi, et très peu de frustrations. Même, cerise sur le gâteau, ce pacte passé avec, toi, Éloïse. Le contrat, issu de ces années difficiles après notre mariage, dont je n'ai pas envie, aujourd'hui, d'expliquer la genèse et les raisons d'être.

Chacun a le droit d'avoir des relations sexuelles en dehors du couple, à condition de ne pas en parler à l'autre (ça doit rester secret), de ne pas ramener de bébé ni de maladie, et encore moins de tomber amoureux. Pour le dernier point, nous sommes conscients des risques : qui pourrait prétendre tout contrôler ? Mais nous sommes sûrs de nous. De nous : de notre couple. Et ce n'est pas ce soir que je dirai si j'ai usé de cette liberté, Éloïse, puisque tu liras ce texte.

Finalement, ce n'est pas le plus important. L'essentiel est l'existence de cette liberté. Savoir que tu peux, que je peux, si on en a l'envie et l'opportunité, sans trahir qui que ce soit. Assouvir des fantasmes qui ne nous correspondent pas en tant que couple, s'amuser, juste profiter d'une occasion. Nous pouvons.

Je ne sais pas si tu as profité de cette liberté. Je ne tiens pas à le savoir. Pas aujourd'hui, pas encore, peut-être plus tard. Nous nous réservons cette possibilité, aussi, de changer d'avis. Ensemble.

Mais tout cela nous fait évoluer. Treize ans de vie commune, deux enfants, la situation professionnelle et personnelle au beau fixe. Un accomplissement, en somme. Une chance. Et un risque, celui de nous enliser, de ne plus évoluer, de stagner, et donc, de nous dégrader. Même si nos enfants nous stimulent et nous stimuleront encore, nous existons aussi en dehors d'eux.

Tu évolues, Éloïse. Tu assumes des désirs sexuels différents. Qui ne me concernent pas, ou pas forcément. Tu m'en parles, parce que ça ne concerne pas vraiment notre pacte, et parce que c'est notre couple.

Et ça m'affole. C'est la raison de ma prise de clavier, ce soir. J'ai besoin d'analyser, de peser, d'écrire pour pouvoir me lire et réagir. Faire réagir, aussi.

Parce que je trouve ça génial, tes envies, ce que tu fais. Ce que tu veux essayer. Ces idées avec lesquelles tu joues. Même si ça ne me concerne pas. Rationnellement, je n'ai pas de problème avec ça. Je ne me sens pas jaloux. Je sais que je ne le suis pas. Déjà testé en conditions réelles. Mais ça m'affole. Sans doute parce que je ne m'y attendais pas. Sans doute parce que finalement, je ne peux plus trop voir où on va.

Je suis jaloux. Je viens de dire que non ? Non, pas jaloux comme ça : je suis jaloux de ne pas avoir ton audace. Ce n'est pas très grave.

Je suis admiratif. Et fier. Hey, c'est la femme que j'aime. C'est la femme qui m'aime !

Je suis paniqué : je ne contrôle rien. J'ai l'habitude de contrôler.

Je suis heureux. Tu me parles de ce que tu fais, tu me fais confiance, tu es heureuse.

Je suis mort de trouille. Serai-je à la hauteur ?

Je suis impatient. L'avenir nous réserve beaucoup de choses inattendues. Inespérées ?

Je suis inquiet. Tu prends un risque, nous prenons un risque.

J'ai besoin d'être rassuré. Oui, je suis quand même un peu une petite chose fragile.

Je suis excité. On parle de sexe, d'inconnu, d'explorations, de nouveautés.

J'ai un cerveau qui me crie que tout va bien, même s'il y a quelques risques, parce que c'est bon pour toi, et c'est donc bon pour nous. Risquée, cette conclusion ? Je crois que nous sommes assez nous, ensemble, pour qu'elle soit vraie. Ma raison me dit que tout va bien, parce que c'est finalement quelque chose que j'espérais, d'une certaine façon, pour toi, pour moi, pour nous.

Mais j'ai cette boule dans le ventre, cette peur chaude qui se niche au creux de mon abdomen, qui ne hurle pas mais qui me chuchote des incohérences. De la peur, de l'incertitude. Elle se calme, doucement, parce que je la raisonne, cette bête, parce que les mots des autres s'appuient sur ma confiance en toi et sur l'amour que je te porte pour lui démontrer qu'elle a tort.

Il va me falloir un peu de temps pour apprivoiser ce tourbillon, ce vertige d'incertitudes, ces inconnues sans équation. Tu vas m'aider.

Je t'aime.

Et j'ai envie de toi.